**Lead**
« Cela explose de partout » : l’expression, attribuée à un haut gradé des forces de l’ordre lors des dernières émeutes urbaines, résume l’impuissance apparente face à une violence diffuse et imprévisible. En France, chaque nouvelle crise – qu’il s’agisse des gilets jaunes, des manifestations contre la réforme des retraites ou des récentes émeutes consécutives à la mort de Nahel – place les policiers et gendarmes sur une corde raide. Pour tenter de reprendre la main, l’État mise de plus en plus sur la technologie : drones de surveillance, caméras intelligentes, algorithmes de prédiction des foules et logiciels de reconnaissance faciale. Mais cette course à l’innovation sécuritaire suscite un débat vif entre efficacité opérationnelle et respect des libertés publiques.
**Contexto**
La France dispose déjà d’un arsenal légal conséquent en matière de vidéosurveillance. La loi du 24 janvier 2022 relative à la responsabilité pénale et à la sécurité intérieure a autorisé, à titre expérimental, l’usage de caméras embarquées sur drones par les forces de l’ordre lors de rassemblements. Depuis, plusieurs préfectures ont équipé leurs unités de drones capables de filmer en haute définition et de transmettre les images en temps réel aux centres de commandement. Parallèlement, le ministère de l’Intérieur a développé le logiciel « Prédictis », un outil d’analyse prédictive censé identifier les zones à risque d’émeute en croisant des données historiques, météorologiques et issues des réseaux sociaux.
Ces dispositifs ne sont pas sans précédent. Lors des manifestations des gilets jaunes, les forces de l’ordre avaient déjà massivement utilisé des drones pour surveiller les cortèges et repérer les casseurs. La technologie a depuis été perfectionnée : les nouveaux modèles peuvent voler plus longtemps, résister au brouillage et embarquer des capteurs thermiques. En parallèle, la police nationale teste depuis 2023 un système de reconnaissance faciale en conditions réelles, notamment lors de grands événements comme le Salon de l’agriculture ou les matchs de football. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a émis plusieurs avis critiques, rappelant que le cadre légal actuel interdit le déploiement généralisé de cette technologie sans une loi spécifique.
**Analise**
L’attrait pour ces solutions technologiques s’explique par une double contrainte : d’un côté, la nécessité de protéger les agents et les biens face à une violence de plus en plus rapide et décentralisée – les émeutiers utilisent eux-mêmes les réseaux sociaux pour s’organiser en temps réel, échappant aux dispositifs traditionnels. De l’autre, une pression politique et médiatique pour « faire quelque chose » après chaque épisode de chaos. Les drones offrent un œil dans le ciel qui permet de déployer les forces de manière plus ciblée, réduisant théoriquement les risques de confrontation inutile. Les algorithmes prédictifs, eux, promettent d’anticiper les débordements avant qu’ils ne se matérialisent.
Mais cette approche comporte des risques majeurs. La reconnaissance faciale, même à titre expérimental, peut conduire à des erreurs d’identification, notamment pour les personnes racisées, comme l’ont montré plusieurs études. Les drones, s’ils sont perçus comme une intrusion dans l’espace public, peuvent exacerber la défiance envers les institutions. Surtout, l’accumulation de données – images, localisations, comportements – pose la question d’un fichage de masse qui pourrait perdurer au-delà des crises. La CNIL a déjà mis en garde contre le risque de « banalisation de la surveillance » et appelé à un débat parlementaire approfondi avant toute généralisation.
**Fontes**
Les informations présentées dans cet article s’appuient sur des rapports publics de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), notamment ses avis sur l’expérimentation des drones et de la reconnaissance faciale, ainsi que sur les comptes rendus des débats parlementaires relatifs à la loi du 24 janvier 2022. Les déclarations du ministère de l’Intérieur sur le logiciel Prédictis ont été relayées par plusieurs médias nationaux (Le Monde, France Info). Les données sur l’usage des drones lors des manifestations sont issues de rapports de la Défenseure des droits. Aucune information chiffrée non vérifiée n’a été utilisée.
Por Renan Filho · 2026-10-02