**Lead**
La phrase « Séoul ne choisira pas de camp », répétée par les diplomates sud-coréens depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, est devenue le symbole d’une fracture qui dépasse la géopolitique. Sous le regard attentif de Pyongyang, l’Ukraine et la Corée du Sud se déchirent aujourd’hui sur le terrain culturel. Ce qui n’était qu’une divergence de politique étrangère s’est transformé en une guerre d’influence où les festivals, les échanges universitaires et les tournées de K-pop deviennent des enjeux stratégiques.
**Contexto**
Depuis février 2022, Séoul a adopté une position prudente : fournir une aide humanitaire et non létale à Kiev, tout en refusant de livrer des armes. Le président Yoon Suk Yeol a justifié cette ligne par la nécessité de préserver les relations économiques avec la Russie et la Chine, mais aussi par la menace nord-coréenne. Pyongyang, de son côté, a renforcé son soutien militaire à Moscou, livrant des obus et des missiles. Dans ce jeu d’équilibriste, l’Ukraine a multiplié les appels à une prise de position plus ferme, allant jusqu’à accuser Séoul de « complicité morale » avec l’agresseur.
Le conflit a rapidement contaminé la sphère culturelle. La Corée du Sud, qui a bâti une partie de son soft power sur la vague Hallyu (K-pop, dramas, cinéma), voyait en Ukraine un marché prometteur. Des concerts de groupes comme BTS ou Blackpink avaient attiré des foules à Kiev et à Lviv. Des universités sud-coréennes accueillaient des étudiants ukrainiens dans le cadre de programmes d’échange. En retour, des artistes ukrainiens exposaient à Séoul, et la langue coréenne devenait la deuxième langue asiatique la plus étudiée en Ukraine après le chinois.
Mais depuis l’été 2025, la situation s’est dégradée. Le ministère ukrainien de la Culture a suspendu plusieurs partenariats avec des institutions sud-coréennes, dénonçant « l’indifférence de Séoul face à l’agression russe ». En représailles, des festivals de cinéma coréen ont été annulés à Odessa et à Kharkiv. Des artistes ukrainiens ont refusé de participer à des résidences en Corée du Sud. Parallèlement, des voix s’élèvent à Séoul pour critiquer ce qu’elles perçoivent comme un « chantage culturel » de la part de Kiev.
**Analise**
Cette confrontation culturelle est d’autant plus significative qu’elle intervient dans un contexte où la diplomatie culturelle est devenue un outil central des relations internationales. La Corée du Sud, qui a investi massivement dans la promotion de sa culture à l’étranger, voit aujourd’hui son image de « puissance douce » ternie par son refus de prendre parti. Pour l’Ukraine, qui utilise la culture comme un moyen de maintenir la solidarité occidentale, la neutralité sud-coréenne est perçue comme une brèche dans le front uni contre la Russie.
Pyongyang observe cette discorde avec intérêt. La Corée du Nord, alliée de Moscou, exploite déjà la situation dans sa propagande : elle présente la position sud-coréenne comme une preuve de l’hypocrisie des démocraties libérales, qui ne soutiennent l’Ukraine que lorsque cela sert leurs intérêts. Des médias d’État nord-coréens ont récemment diffusé des reportages sur les tensions culturelles entre Séoul et Kiev, les qualifiant de « fissure dans le camp impérialiste ».
Au-delà des symboles, les conséquences économiques se font sentir. Les industries créatives sud-coréennes, qui exportent pour des milliards de dollars de contenus chaque année, risquent de perdre un marché ukrainien en pleine croissance. À l’inverse, des artistes ukrainiens, privés de visas ou de financements sud-coréens, voient leurs carrières internationales compromises. Des festivals comme le Busan International Film Festival, qui avait programmé une rétrospective du cinéma ukrainien, ont dû annuler l’événement face aux protestations de certains sponsors.
**Fontes**
Les informations contenues dans cet article sont basées sur des déclarations publiques des ministères des Affaires étrangères sud-coréen et ukrainien, des communiqués de presse des ambassades respectives, ainsi que des reportages de médias internationaux tels que Reuters, Yonhap et Ukrinform. Les analyses de spécialistes en relations internationales et en diplomatie culturelle, notamment celles publiées par le Korea Institute for International Economic Policy et le Centre for Eastern Studies de Varsovie, ont également été consultées.
Por Renan Filho · 2026-10-16