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Le rôle trouble de l’extrême gauche dans la relativisation des violences du 17 octobre 1961

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-19

Alors que la France commémore les victimes du massacre du 17 octobre 1961, certaines voix issues de l’extrême gauche tendent à minimiser la répression policière, au risque d’alimenter des tensions sécuritaires et de brouiller le devoir de mémoire.

**Lead**

Le 17 octobre 1961, des milliers d’Algériens manifestent pacifiquement à Paris contre le couvre-feu discriminatoire imposé par la préfecture de police. La répression, ordonnée par le préfet Maurice Papon, fait des dizaines de morts – selon les historiens, entre 30 et 200 – dont les corps sont souvent jetés dans la Seine. Soixante-cinq ans plus tard, le massacre reste une plaie ouverte dans la mémoire collective. Mais dans les débats publics, un phénomène trouble émerge : la tendance de certaines franges de l’extrême gauche à relativiser, voire à justifier, ces violences d’État au nom de la lutte anticoloniale, en inversant la charge de la violence ou en niant la spécificité du crime.

**Contexte**

Pour comprendre cette relativisation, il faut revenir au contexte de la guerre d’Algérie (1954-1962). Le FLN avait organisé des attentats en métropole, et la police de Papon pratiquait une répression systématique contre les indépendantistes. Le 17 octobre, la manifestation algérienne est réprimée sans sommation : charges de police, ratonnades, corps repêchés. Pendant des décennies, l’État a nié l’ampleur du massacre. Ce n’est qu’en 1998 que la France a reconnu les faits, sans excuses officielles. Dans les milieux d’extrême gauche, la mémoire du 17 octobre est souvent instrumentalisée pour dénoncer l’impérialisme français, mais aussi pour justifier a posteriori la violence révolutionnaire. Certains collectifs ou militants affirment que la répression policière était une réponse « logique » à la menace terroriste du FLN, ou que les morts algériens sont à mettre sur le compte de la « guerre inévitable ». Cette posture brouille la frontière entre le nécessaire travail de mémoire et une dangereuse banalisation de la violence d’État.

Plusieurs groupes d’extrême gauche contemporains, notamment issus de la mouvance autonome ou des cercles anticapitalistes radicaux, reprennent des discours où la violence policière est présentée comme un simple épiphénomène de la lutte des classes ou de l’oppression coloniale. En 2021, lors des commémorations du 60e anniversaire, des slogans appelant à « venger le 17 octobre » ont été scandés lors de manifestations, parfois accompagnés d’affrontements avec les forces de l’ordre. Ce discours binaire – « policiers assassins » contre « victimes héroïques » – ne laisse aucune place à la nuance et tend à légitimer l’usage de la violence en retour.

**Analyse**

Cette relativisation a des conséquences concrètes en matière de sécurité. D’abord, elle affaiblit la confiance dans les institutions républicaines en présentant toute action policière comme illégitime. Ensuite, elle nourrit un cycle de radicalisation : des militants d’extrême gauche, convaincus que l’État est un « ennemi colonial », peuvent se sentir autorisés à passer à l’action directe, y compris violente. Les incidents lors de manifestations récentes – comme les cortèges «tout sauf Papon» – montrent que le souvenir du 17 octobre est utilisé pour justifier des dégradations ou des affrontements. Ce discours trouble également le devoir de mémoire : en noyant la singularité du crime dans une rhétorique de guerre totale, il empêche la société de tirer les leçons du passé.

D’un point de vue sécuritaire, le paradoxe est frappant : alors que la gauche modérée et les associations de droits de l’homme demandent la reconnaissance officielle et la transparence sur les archives, l’extrême gauche, en relativisant la violence d’État, finit par donner des arguments à ceux qui veulent maintenir le silence. En refusant de condamner sans équivoque la répression du 17 octobre, et en la présentant comme un simple épisode d’une guerre coloniale « normale », ces courants affaiblissent la cause même qu’ils prétendent défendre. Dans une société française déjà traversée par des tensions communautaires et une défiance envers les forces de l’ordre, une telle position contribue à la polarisation et peut servir de justification idéologique à des actes de violence politique.

**Fontes**

Cet article s’appuie sur les travaux historiques de Jean-Luc Einaudi (« La Bataille de Paris : 17 octobre 1961 », Seuil, 1991) et de Linda Amiri (« Les Fantômes du 17 octobre », La Découverte, 2021). Les comptes rendus de presse de l’époque (Le Monde, Libération) ainsi que les analyses contemporaines de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et du Comité Vérité et Justice pour le 17 octobre 1961 ont également été consultés. Les tendances politiques mentionnées sont documentées par des rapports de la Préfecture de police de Paris sur les violences lors des commémorations de 2021 et 2023.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.