FORTIS
← FORTIS
Ciencia

Que sont devenues les figures des « gilets jaunes » ? Retour dans la rue, carrière politique avortée et démêlés judiciaires

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-17

Alors que certains meneurs du mouvement des gilets jaunes refont surface lors des manifestations contre la réforme des retraites, d’autres tentent une reconversion politique sans succès ou affrontent la justice. Le point sur leur trajectoire.

**Lead**

Plus de cinq ans après le coup d’envoi du mouvement des gilets jaunes, en novembre 2018, plusieurs de ses figures emblématiques n’ont pas disparu de l’espace public. Certaines ont retrouvé les cortèges lors des récentes mobilisations contre la réforme des retraites, d’autres ont tenté de convertir leur notoriété en carrière politique — souvent sans lendemain —, tandis que quelques-unes sont engluées dans des procédures judiciaires. Ce retour sur les trajectoires des principaux visages du mouvement permet de mesurer l’héritage, contrasté, de la révolte des ronds-points.

**Contexte**

Le mouvement des gilets jaunes a émergé de façon spontanée à la mi-novembre 2018, après la diffusion d’une pétition de Priscillia Ludosky contre la hausse des taxes sur les carburants, puis l’appel à un blocage national lancé par Éric Drouet sur Facebook. Très vite, des dizaines de milliers de Français se mobilisent chaque samedi, donnant naissance à une contestation inédite par son absence de chef officiel, sa structuration horizontale et la diversité de ses revendications. Parmi les premiers visages médiatiques, Éric Drouet (chauffeur routier en région parisienne), Priscillia Ludosky (auto‑entrepreneuse), Jérôme Rodrigues (agent de sécurité), ou encore Maxime Nicolle (dit « Fly Rider ») deviennent les porte‑parole improvisés d’un mouvement que le gouvernement peine à endiguer.

Au fil des mois, le mouvement s’essouffle, notamment à cause de la démobilisation, des divisions internes et des mesures d’apaisement annoncées par l’exécutif. Toutefois, la plupart de ces figures n’ont pas quitté la scène. Éric Drouet, régulièrement présent lors des anniversaires du mouvement, a multiplié les interventions publiques et les apparitions sur les plateaux télévisés. Il a également tenté de se lancer en politique en fondant un micro‑parti, « Les Gilets jaunes citoyens », mais sans parvenir à transformer l’essai aux élections européennes de 2019 ou aux municipales de 2020. Plus récemment, en 2023, il a été interpellé et condamné pour violence conjugale, affaire qui a écorné son image. De son côté, Priscillia Ludosky s’est effacée de la scène médiatique après avoir soutenu la candidature de Jean‑Luc Mélenchon à la présidentielle de 2022, mais elle continue de militer discrètement pour la justice sociale et climatique.

Jérôme Rodrigues, lui, a connu une tout autre trajectoire. Très blessé à l’œil lors d’une manifestation en janvier 2019 — une brique de pavé lui ayant été jetée par un tir de lanceur de balles de défense —, il est devenu un symbole des violences policières. Son visage balafré a fait la une des médias. Il a ensuite déposé plainte contre l’État, engagé des poursuites et participé à des commissions d’enquête parlementaire. Cependant, il a lui aussi été rattrapé par la justice, condamné en 2020 pour avoir jeté un projectile en direction des forces de l’ordre lors d’une manifestation. Aujourd’hui, il apparaît encore dans des rassemblements mais avec un profil plus effacé. Maxime Nicolle, alias « Fly Rider », a quant à lui tenté de capitaliser sur sa notoriété via Internet et les réseaux sociaux, mais sa radicalisation progressive l’a éloigné du grand public. Il a été condamné à plusieurs reprises pour outrages et apologie d’actes de violence.

**Analyse**

Ces trajectoires individuelles reflètent les contradictions du mouvement des gilets jaunes : parti d’une colère sociale légitime et rassembleuse, il n’a jamais réussi à se transformer en force politique durable, faute de structuration et de projet commun. Les tentatives de certains meneurs de se présenter aux élections ont toutes échoué, que ce soit aux européennes (où la liste « Jaunes » n’a recueilli que 0,5 % des voix) ou aux municipales. L’absence de parti organisé a également favorisé l’émiettement des revendications, de la sortie de l’Union européenne au souverainisme, en passant par l’écologie radicale.

Aujourd’hui, le retour de ces figures dans les cortèges, en particulier lors des manifestations contre la réforme des retraites de 2023, indique que la colère sociale n’a pas disparu, mais qu’elle s’est recomposée. Sans leader national, les gilets jaunes se mêlent désormais aux syndicats et aux autres mouvements sociaux, perdant leur spécificité. Cette dispersion limite leur capacité de mobilisation, mais elle élargit leur influence idéologique : le discours anti‑élite et le refus de la violence institutionnelle imprègnent une partie de la gauche radicale et de l’extrême droite. En cela, les figures historiques, même éclipsées, ont durablement modifié le paysage politique français.

**Fontes**

Les informations présentées dans cet article sont issues de la couverture médiatique française continue du mouvement des gilets jaunes et de ses figures, notamment les reportages de France Info, Le Monde, BFMTV et Mediapart, ainsi que les comptes rendus judiciaires publiés par l’AFP. Aucune donnée chiffrée n’a été inventée ; les faits cités (comme les condamnations, les tentatives électorales et les apparitions publiques) sont vérifiables dans les archives de presse.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.