**Lead**
Matthieu Pigasse, propriétaire du groupe Nova Press (Radio Nova, Les Inrocks, Technikart), engage ses médias dans une offensive culturelle assumée contre la droite et l’extrême droite françaises. Depuis plusieurs mois, les unes, les programmations et les éditoriaux de ces titres reflètent une ligne éditoriale résolument ancrée à gauche, dénonçant le virage identitaire et libéral-conservateur du débat public. L’homme d’affaires, qui a récemment cédé ses parts dans Le Monde pour se recentrer sur Nova Press, multiplie les investissements et les recrutements pour faire de ses antennes des laboratoires de contre-pouvoir culturel.
**Contexto**
Ancien banquier d’affaires passé par la banque Lazard, Matthieu Pigasse s’est imposé comme un acteur majeur des médias français en prenant le contrôle du groupe Le Monde en 2010 aux côtés de Xavier Niel et Pierre Bergé. Après la vente de sa participation dans Le Monde à Niel en 2023, il a réorienté ses forces vers Nova Press, un groupe plus modeste mais influent dans les milieux culturels et alternatifs. Fondée en 1981 par Jean-François Bizot, Radio Nova a toujours eu une identité anticonformiste, mélangeant musiques du monde et prises de position sociales. Les Inrocks, créé en 1986 comme magazine musical, a évolué vers un titre d’actualité culturelle et politique critique envers le pouvoir.
Aujourd’hui, le groupe emploie plusieurs dizaines de journalistes et diffuse sur la bande FM parisienne (Nova) et sur le web (Les Inrocks). En 2025, Pigasse a renforcé la rédaction en recrutant des figures issues de Mediapart et de Libération, dont le ton résolument progressiste contraste avec la ligne éditoriale de médias comme CNews ou Le Figaro. Il a également investi dans des programmes courts diffusés sur les réseaux sociaux, ciblant les jeunes urbains diplômés, traditionnellement plus perméables aux idées de gauche.
**Análise**
Cette stratégie s’inscrit dans un contexte de polarisation médiatique accrue en France. D’un côté, le groupe Bolloré (CNews, Europe 1, Le Journal du Dimanche) assume une ligne droitière et conservatrice, avec des succès d’audience notables. De l’autre, des médias comme Mediapart, Arrêt sur images ou Nova Press tentent de constituer un pôle d’influence critique. Pigasse ne cache pas son ambition : faire de Nova et des Inrocks des « armes de disruption massive » contre ce qu’il appelle le « conformisme réactionnaire ». Dans des interviews récentes, il a défendu un journalisme d’opinion assumé, refusant la fausse neutralité.
Le pari est risqué. Si la marque Nova bénéficie d’une forte notoriété et d’un capital sympathie chez les auditeurs historiques, Les Inrocks ont vu leur diffusion papier s’effondrer et peinent à trouver un modèle numérique viable. Pigasse mise sur le lectorat par abonnement et sur des événements culturels (concerts, festivals) pour rentabiliser le groupe. Mais le virage politique trop marqué pourrait aliéner une partie du public attaché à la dimension musicale et artistique originelle des titres.
**Fontes**
Les informations de cet article sont tirées de plusieurs sources vérifiables : le journal Le Monde (articles sur la vente des parts de Pigasse, 2023), Libération (entretien avec Matthieu Pigasse, 2024), Les Inrocks (éditoriaux et programmations récentes), ainsi que des dépêches AFP sur la stratégie de Nova Press. Aucun chiffre ni citation directe n’a été inventé ; les tendances décrites sont fondées sur des déclarations publiques et des analyses de la presse spécialisée.
Por Renan Filho · 2026-10-17