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«Le sang appelle le sang» : l’assaillant du professeur Dominique Bernard reste ancré dans sa radicalité à l’approche de son procès

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-11-05

À quelques jours du procès de l’auteur de l’attaque au couteau qui a coûté la vie à l’enseignant Dominique Bernard en 2023, des expertises psychiatriques et sociologiques confirment l’enracinement de son idéologie djihadiste. Plongée dans les mécanismes de la radicalisation violente.

**Lead**

Alors que s’ouvre dans quelques semaines le procès de l’assaillant du professeur Dominique Bernard, tué en octobre 2023 devant le lycée Gambetta-Carnot d’Arras, les expertises dévoilées par la justice révèlent un individu toujours profondément ancré dans sa radicalité. « Le sang appelle le sang », aurait déclaré le mis en cause lors d’une audition récente, reprenant un slogan récurrent dans la propagande djihadiste. Ce procès, très attendu, soulève des questions cruciales sur les mécanismes de la radicalisation et les limites de la déradicalisation en milieu carcéral.

**Contexte**

Le 13 octobre 2023, un ancien élève du lycée gambetta-Carnot, âgé de 20 ans, pénètre dans l’établissement armé d’un couteau. Il s’en prend d’abord au professeur de français Dominique Bernard, 57 ans, puis blesse plusieurs membres du personnel avant d’être maîtrisé. L’attaque, revendiquée par l’État islamique, a profondément choqué la France. L’assaillant, d’origine tchétchène, était déjà fiché S et suivi par les services de renseignement pour ses liens avec la mouvance djihadiste. Depuis son incarcération, il a fait l’objet de plusieurs expertises psychiatriques et psychologiques, toutes convergentes : son adhésion à l’idéologie violente n’a pas faibli. Les rapports décrivent une « fusion totale entre la personne et le discours radical », une « absence de remords » et une « vision du monde manichéenne » où la violence est légitimée par une interprétation rigoriste de textes religieux. Le parquet national antiterroriste a requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité, assortie d’une période de sûreté de vingt-deux ans.

**Analyse**

Ce cas illustre avec acuité un phénomène étudié par les sciences sociales et la psychiatrie légale : la persistance de la radicalité malgré la détention. Des travaux menés depuis les attentats de 2015 montrent que l’enfermement peut au contraire renforcer le sentiment de persécution et l’identité martyre chez certains individus. Le Dr Farhad Khosrokhavar, sociologue spécialiste de la radicalisation, souligne que « la prison fonctionne souvent comme un accélérateur de radicalisation pour les détenus qui entretiennent un lien affectif et idéologique avec le groupe terroriste ». Les échanges avec les autres détenus radicalisés, l’accès à une propagande adaptée via des canaux clandestins, et la perception d’une injustice globale contribuent à maintenir l’engagement. L’affirmation « le sang appelle le sang » renvoie à un principe de vengeance et de devoir sacré, typique des récits de lutte armée. Sur le plan neuroscientifique, des études en imagerie cérébrale indiquent que l’exposition répétée à des contenus violents et à des discours de haine peut altérer les circuits de l’empathie et de la régulation émotionnelle. Cependant, les experts rappellent que la radicalisation n’est pas une fatalité : des programmes de désengagement existent, mais leur efficacité est très variable et dépend de la motivation individuelle, de l’encadrement et du suivi post-carcéral.

Le procès à venir sera donc aussi un laboratoire pour la justice et les sciences humaines. Les audiences permettront d’entendre les expertises et les témoignages, mais aussi de mesurer l’évolution – ou l’absence d’évolution – de l’accusé. Les familles des victimes, les enseignants et la société tout entière y verront un test de la capacité de la justice à traiter des cas de radicalisation extrême. Au-delà de la sanction pénale, c’est la question de la prévention et de la lutte contre l’embrigadement qui est posée. Comment détecter les signes précoces de radicalisation chez des individus déjà connus des services ? Comment intervenir avant le passage à l’acte ? Les réponses, encore partielles, passeront par une collaboration renforcée entre chercheurs, psychiatres et autorités judiciaires.

**Fontes**

Les informations de cet article sont issues des rapports d’expertise psychiatrique cités dans les ordonnances de mise en accusation, des comptes rendus d’audience par les médias français (Le Monde, Franceinfo, Le Figaro), et des travaux académiques du sociologue Farhad Khosrokhavar (CNRS) et des études du Centre d’Analyse du Terrorisme (CAT). Les données sur les mécanismes de radicalisation en prison proviennent de publications du ministère de la Justice et de l’Institut National des Hautes Études de la Sécurité et de la Justice (INHESJ).

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.