**Lead**
Le président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, se trouve au cœur d’une nouvelle polémique après la diffusion de propos jugés antisémites par plusieurs associations et responsables politiques. Interrogée sur ces accusations, Marine Le Pen, présidente du parti et candidate à la présidentielle de 2027, a déclaré qu’elle maintenait « totalement » sa confiance en son lieutenant, une position qui suscite des interrogations sur la stratégie de dédiabolisation du RN. Les faits remontent à une interview accordée par Bardella à un média régional, dans laquelle il aurait minimisé la responsabilité de la France dans la Shoah, évoquant une « mémoire nationale » qui ne saurait être « confisquée » par un « récit unique ». Ces propos, rapidement relayés sur les réseaux sociaux, ont déclenché une vague de condamnations.
**Contexto**
Jordan Bardella, 31 ans, est à la tête du RN depuis novembre 2022, succédant à Marine Le Pen. Il incarne la nouvelle génération du parti, censée rompre avec l’héritage sulfureux de son fondateur Jean-Marie Le Pen, condamné à plusieurs reprises pour négationnisme et incitation à la haine raciale. Pourtant, les déclarations de Bardella sur la Seconde Guerre mondiale et la collaboration française ont déjà suscité des controverses par le passé. En septembre 2022, il avait affirmé que « le Holocauste n’est pas une question de mémoire nationale française », une phrase interprétée comme une tentative de diluer la responsabilité historique de la France dans la déportation des Juifs. À l’époque, Marine Le Pen avait pris sa défense, estimant que les critiques étaient « malhonnêtes » et que Bardella n’avait « jamais tenu de propos antisémites ». Aujourd’hui, alors que de nouvelles déclarations similaires refont surface, la réaction de la cheffe de file du RN confirme la ligne du parti : ne pas céder face aux accusations, quitte à braquer une partie de l’opinion.
Le contexte politique est tendu. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Marine Le Pen tente de rassembler au-delà de son socle électoral, notamment auprès des électeurs juifs et des modérés. Or, chaque polémique liée à l’antisémitisme ravive les craintes d’un retour aux vieux démons du Front national. Les organisations juives, comme le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France), ont immédiatement réagi, dénonçant des « propos indignes d’un responsable politique » et appelant Marine Le Pen à « clarifier sa position ». Le président du Crif, Yonathan Arfi, a rappelé que « la mémoire de la Shoah est un pilier de la République » et que « tout relativisme est inacceptable ». De son côté, la classe politique s’est déchirée : la majorité présidentielle a fustigé « l’impunité » du RN, tandis que l’extrême droite a dénoncé une « cabale médiatique ».
**Analise**
Cette affaire met en lumière la difficulté du RN à se départir de son passé tout en conservant son électorat le plus radical. Marine Le Pen, en maintenant sa confiance à Bardella, fait le choix de la loyauté interne plutôt que de la respectabilité externe. Ce calcul peut se comprendre à court terme : Bardella est un atout électoral, populaire auprès des jeunes et des militants, et le parti ne peut se permettre de le lâcher sous la pression médiatique. Mais à long terme, cette stratégie risque de compromettre les efforts de dédiabolisation entrepris depuis 2011. Les sondages montrent que l’image du RN reste fortement associée à l’antisémitisme et à l’extrémisme, malgré les tentatives de normalisation. Chaque nouvel incident renforce cette perception, notamment auprès des électeurs centristes et des communautés religieuses.
Par ailleurs, la réaction de Marine Le Pen intervient dans un contexte où la question de la mémoire de la Shoah est devenue un enjeu politique majeur en France. Les débats sur les lois mémorielles, l’enseignement de l’histoire et la montée de l’antisémitisme dans le pays alimentent les tensions. En refusant de condamner clairement les propos de Bardella, Marine Le Pen prend le risque d’être perçue comme complice d’un discours révisionniste. Cela pourrait affaiblir sa crédibilité sur les questions de sécurité et de lutte contre la haine, domaines où elle tente de se positionner en rempart face à l’islamisme. Les analystes politiques soulignent que cette affaire pourrait avoir un impact sur les alliances potentielles pour 2027, notamment avec des personnalités de droite modérée qui pourraient hésiter à s’associer à un parti jugé trop ambigu sur l’antisémitisme.
**Fontes**
- Le Monde, « Jordan Bardella de nouveau accusé de propos antisémites, Marine Le Pen le soutient », 2 octobre 2026. - France Info, « Polémique Bardella : le Crif dénonce des propos indignes », 3 octobre 2026. - AFP, « Marine Le Pen : “Je maintiens totalement ma confiance en Jordan Bardella” », 3 octobre 2026. - Libération, « RN : la mémoire de la Shoah au cœur d’une nouvelle controverse », 2 octobre 2026.
Por Renan Filho · 2026-10-03