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Paris, 11 octobre 2026 – À moins de trois semaines du premier tour de la primaire sociale-démocrate, les principaux candidats ont présenté, lors d’un débat organisé à la Maison de la Mutualité, les grandes lignes de leur programme économique. Rétablissement de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), création d’une « taxe Zucman » sur les ultrariches, extension de la Sécurité sociale dite « intégrale » : les mesures phares traduisent une volonté commune de rompre avec la politique économique menée depuis 2017. Mais derrière les consensus affichés, les divergences restent profondes sur le calendrier, le financement et l’ampleur des réformes.
**Contexte**
Cette primaire, inédite dans l’histoire politique française récente, vise à désigner un candidat unique de la gauche sociale-démocrate pour l’élection présidentielle de 2027. Elle intervient dans un climat social tendu, marqué par la contestation de la réforme des retraites et par une demande croissante de justice fiscale. Les candidats, issus de la social-démocratie et de la gauche réformiste, cherchent à incarner une alternative crédible face à la fois au Rassemblement national et à la France insoumise.
Le retour de l’ISF constitue la mesure la plus emblématique. Supprimé en 2018 par le gouvernement d’Édouard Philippe, transformé en impôt sur la fortune immobilière (IFI), l’ISF avait été l’un des symboles de la politique de l’offre voulue par Emmanuel Macron. Les candidats sociaux-démocrates proposent de le rétablir, avec un seuil de déclenchement et des taux progressifs. Certains veulent y intégrer les actifs financiers, ce qui le rapprocherait de l’impôt sur la fortune tel qu’il existait avant sa transformation.
La « taxe Zucman », du nom de l’économiste Gabriel Zucman, est l’autre proposition centrale. Elle vise à instaurer une taxation minimale de 2 % sur la fortune des milliardaires, dans le prolongement des travaux de l’économiste français, qui a montré que les ultrariches paient proportionnellement moins d’impôts que le reste de la population. Cette taxe s’inspire également de l’accord international sur un taux minimum de 15 % pour les grandes entreprises, conclu sous l’égide de l’OCDE. Les candidats y voient un moyen de financer la transition écologique et de réduire les déficits publics.
La « Sécu intégrale », quant à elle, renvoie à l’élargissement de la Sécurité sociale au-delà du champ actuel de l’assurance maladie. L’idée, portée par plusieurs économistes proches de la gauche, consiste à intégrer dans un même système solidaire l’ensemble des dépenses de santé, y compris les dépassements d’honoraires, l’optique, le dentaire et une partie de la dépendance. L’objectif est de garantir à tous un accès aux soins sans reste à charge, en supprimant la part croissante des mutuelles et des assurances privées.
**Analyse**
Ce programme économique marque un tournant idéologique majeur. Après des années de politique de l’offre, de baisses d’impôts pour les plus aisés et de flexibilisation du marché du travail, la social-démocratie française semble revenir à ses fondamentaux : redistribution, progressivité fiscale, renforcement de l’État-providence. Cette orientation répond à une demande sociale forte, mais elle soulève aussi des questions de financement et de compétitivité. Les candidats devront convaincre qu’il est possible de financer ces mesures sans dégrader la situation des finances publiques, alors que la dette française dépasse les 3 200 milliards d’euros.
Sur le plan politique, l’enjeu est de taille. La primaire sociale-démocrate se présente comme une tentative de refondation d’une famille politique affaiblie depuis 2017. Le succès de ces propositions dépendra de leur capacité à fédérer au-delà de l’électorat traditionnel de gauche, notamment auprès des classes moyennes et des travailleurs modestes. La question de la crédibilité économique sera centrale : les adversaires politiques dénoncent déjà un programme « coûteux » et « désincarné », tandis que les partisans y voient une réponse aux inégalités croissantes et à la crise du pouvoir d’achat.
L’un des points de friction concerne le calendrier de mise en œuvre. Certains candidats privilégient une application rapide, dès 2027, afin de répondre à l’urgence sociale. D’autres préfèrent une montée en charge progressive, pour éviter un choc fiscal trop brutal. La question du périmètre de la « taxe Zucman » fait également débat : faut-il inclure les patrimoines immobiliers, les œuvres d’art, les participations dans les PME ? Les modalités techniques restent floues, et les candidats devront les préciser dans les prochaines semaines.
Sur le fond, ces propositions s’inscrivent dans un mouvement européen plus large. Plusieurs pays, dont les États-Unis et l’Espagne, ont récemment adopté des taxes exceptionnelles sur les grandes fortunes ou sur les superprofits. La France pourrait ainsi devenir un laboratoire pour une fiscalité plus juste à l’échelle continentale. Les candidats à la primaire sociale-démocrate espèrent que ces mesures contribueront à restaurer la confiance dans l’action publique et à réduire les tensions sociales qui traversent le pays.
**Critiques et oppositions**
Le programme économique ne fait pas l’unanimité. À droite, on dénonce une « machine à taxer » qui pénaliserait l’investissement et l’attractivité de la France. Les organisations patronales, comme le Medef, ont d’ores et déjà fait part de leurs réserves, estimant que ces mesures fragiliseraient les entreprises et l’emploi. Certains économistes libéraux pointent également le risque d’une fuite des capitaux et des contribuables les plus aisés vers des juridictions plus clémentes.
À gauche, les critiques viennent principalement des partis situés à la gauche de la social-démocratie, qui jugent ces propositions insuffisantes. Pour La France insoumise, rétablir l’ISF ne suffit pas : il faudrait un véritable impôt sur la fortune avec une dimension écologique, ainsi qu’un blocage des prix sur les produits de première nécessité. Les écologistes, de leur côté, réclament que la taxe sur les ultrariches soit directement affectée à la transition énergétique.
Dans ce contexte, la primaire sociale-démocrate s’annonce comme un test majeur pour la crédibilité de la gauche de gouvernement. Les candidats devront faire la preuve de leur capacité à articuler justice sociale, soutenabilité budgétaire et croissance économique. Le programme présenté cette semaine constitue une première étape, mais le chemin vers la présidentielle reste semé d’embûches.
**Échos et perspectives**
Les prochaines semaines seront décisives. Des meetings thématiques sont prévus dans plusieurs grandes villes, notamment à Lyon, Lille et Marseille, afin de débattre des modalités de financement de la Sécu intégrale et de la taxation des patrimoines. Les candidats devraient également publier des chiffrages détaillés, réalisés par des cabinets indépendants, afin de répondre aux accusations d’irréalisme. La question de l’Europe sera également centrale : comment articuler ces mesures fiscales avec les règles de concurrence et les traités européens ?
Pour l’heure, une chose est sûre : la social-démocratie française entend peser de nouveau sur le débat économique. En proposant un retour à l’ISF, une taxe sur les milliardaires et une Sécurité sociale élargie, les candidats à la primaire assument une vision de l’État protecteur et redistributeur. Reste à savoir si cette vision saura convaincre une majorité d’électeurs, dans un paysage politique fragmenté et une opinion publique parfois méfiante à l’égard des promesses électorales.
**Fontes**
Le présent article s’appuie sur les déclarations publiques des candidats lors du débat organisé le 10 octobre 2026 à la Maison de la Mutualité, ainsi que sur les documents de programme diffusés par les équipes de campagne. Les travaux de Gabriel Zucman, notamment ses recherches sur la taxation des milliardaires publiées avec l’Observatoire européen de la fiscalité, ont servi de référence pour la présentation de la « taxe Zucman ». Les informations relatives à l’ISF et à son historique sont issues des archives publiques de l’Assemblée nationale et des rapports du Conseil des prélèvements obligatoires.
Por Renan Filho · 2026-10-11