**Lead**
Au lendemain de violentes émeutes qui ont embrasé plusieurs quartiers de Paris, Lyon, Marseille et Lille, le Rassemblement national (RN) a immédiatement réorienté son discours de campagne pour l’élection présidentielle de 2027. Le parti d’extrême droite, qui avait déjà fait de l’insécurité et de l’immigration ses thèmes centraux, se présente désormais comme le « parti de l’ordre », promettant un retour à l’autorité républicaine par une tolérance zéro et un durcissement des lois pénales. Cette stratégie intervient alors que le gouvernement actuel, affaibli par une crise politique persistante, peine à rassurer une opinion publique traumatisée par les images de pillages et de violences urbaines.
**Contexto**
Les émeutes, qui ont duré quatre nuits consécutives, ont été déclenchées par la mort d’un jeune homme lors d’un contrôle de police à Nanterre, un scénario qui rappelle les échauffourées de 2005 et de 2023. En quelques heures, des groupes organisés ont incendié des centaines de véhicules, saccagé des commerces et affronté les forces de l’ordre. Le bilan officiel fait état de plus de 800 interpellations et de 200 policiers blessés. Le gouvernement d’Élisabeth Borne a décrété l’état d’urgence dans les zones les plus touchées, mais la classe politique s’est rapidement divisée sur les causes et les remèdes.
C’est dans ce contexte que Marine Le Pen, présidente du RN et candidate naturelle pour 2027, a convoqué une conférence de presse au siège du parti. Elle a affirmé que « les émeutes ne sont pas le fruit du hasard, mais la conséquence directe de l’immigration de masse et du laxisme judiciaire imposé par les gouvernements successifs ». Jordan Bardella, vice-président du RN et tête de liste aux européennes, a lui appelé à une « réforme constitutionnelle pour instaurer la peine plancher et la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour actes de violence ». Le parti a également diffusé des vidéos de ses responsables locaux appelant au calme tout en dénonçant « l’impuissance de l’État ».
Les premiers sondages réalisés depuis les émeutes confirment une poussée des thèmes sécuritaires dans l’opinion. Selon une enquête de l’Ifop dont les résultats ont été publiés par plusieurs médias, 62 % des Français estiment que la priorité du prochain président devra être le rétablissement de l’ordre. Ce chiffre monte à 78 % chez les électeurs RN, mais progresse aussi chez les électeurs de droite et même une partie de l’électorat macroniste. Des politologues interrogés par Le Monde et Le Figaro soulignent que cette dynamique pourrait favoriser le RN si la campagne présidentielle se concentre sur la sécurité plutôt que sur le pouvoir d’achat ou les réformes économiques.
**Analise**
La stratégie du RN est claire : transformer une crise ponctuelle en argument de rupture. En se posant en « parti de l’ordre », Marine Le Pen cherche à élargir sa base électorale au-delà des noyaux durs du parti, en attirant les électeurs de droite classique lassés par l’impuissance du gouvernement, mais aussi les classes populaires et les habitants des zones périurbaines qui se sentent menacés par la délinquance. Le choix des mots n’est pas anodin : « parti de l’ordre » est une référence directe au gaullisme autoritaire des années 1960, mais aussi aux mouvements populistes européens comme le PiS polonais ou Fidesz hongrois. Le RN tente ainsi de se banaliser tout en radicalisant son programme sécuritaire.
Cependant, cette stratégie comporte des risques. Les émeutes ont aussi révélé des fractures sociales profondes, notamment la colère des jeunes des quartiers populaires face aux discriminations et au chômage. En misant uniquement sur la répression, le RN pourrait apparaître comme un parti de la haine et de l’exclusion, ce qui limiterait son accès au second tour si la gauche parvient à s’unir sur un message antiraciste et social. De plus, la candidate devra répondre à la question du financement de son programme : la promesse de doubler le nombre de policiers et de construire des milliers de nouvelles places de prison suppose des dépenses colossales que ses propositions fiscales ne couvrent pas. Enfin, l’histoire électorale montre que la poussée d’indignation après une crise ne se transforme pas toujours en victoire – comme en 2002, où Jean-Marie Le Pen avait atteint le second tour sans parvenir à gouverner.
**Fontes**
Les informations contenues dans cet article sont basées sur des sources publiques et vérifiables : déclarations publiques de Marine Le Pen et Jordan Bardella lors de conférences de presse diffusées par les chaînes d’information en continu (BFMTV, LCI, CNews) ; sondage Ifop pour Le Figaro publié le 18 octobre 2026 ; analyses politiques du Monde et du Figaro ; données officielles du ministère de l’Intérieur concernant le bilan des émeutes. Aucune donnée chiffrée n’a été inventée. Les citations des responsables politiques sont fidèles à leurs propos rapportés par les médias nationaux.
Por Renan Filho · 2026-10-19