**Lead**
Dans les collines verdoyantes de Galilée, à quelques encablures de la frontière libanaise, Benyamin Netanyahou a choisi le nord d’Israël pour lancer sa campagne électorale. Devant une foule de sympathisants, le leader du Likoud a réaffirmé un credo qui rythme sa rhétorique depuis des décennies : « Le pays doit rester juif sinon il disparaîtra. » Cette phrase, prononcée lors d’un meeting à Kiryat Shmona, résume la stratégie du Premier ministre : faire de l’identité nationale et de la sécurité les thèmes centraux du scrutin à venir, alors que les sondages le donnent au coude-à-coude avec les coalitions centriste et arabe.
**Contexto**
Israël s’apprête à voter pour la sixième fois en moins de quatre ans, une instabilité politique qui n’épargne aucune formation. Dans ce paysage fragmenté, Netanyahou, surnommé « Bibi », tente de capitaliser sur la menace perçue que représentent le Hezbollah au nord et les factions armées en Syrie. La région septentrionale, souvent négligée par les gouvernements successifs, est devenue un bastion électoral crucial : des localités comme Safed, Acre ou Metula oscillent entre un électorat religieux-nationaliste et des communautés druzes ou arabes israéliennes. C’est là que le Premier ministre a choisi de planter le décor de son dernier meeting, en plein cœur d’une zone qui a subi des tirs de roquettes lors du conflit de 2006 et plus récemment des infiltrations transfrontalières.
Le thème de la judéité de l’État n’est pas nouveau. Depuis la loi sur l’État-nation adoptée en 2018, qui définit Israël comme l’État-nation du peuple juif, les débats sur la définition civique du pays n’ont cessé d’enflammer la société. Les détracteurs de Netanyahou y voient une manœuvre pour détourner l’attention des procès pour corruption qui le poursuivent, tandis que ses partisans y perçoivent un pilier existentiel. Dans le nord, où la population juive orthodoxe et nationale-religieuse est en croissance, le message trouve un écho particulier. Les kibboutz laïcs, en déclin démographique, voient leur influence remplacée par des colonies de peuplement religieux, modifiant l’équilibre politique local.
L’élection se déroule également dans un contexte régional tendu. Les frappes israéliennes contre des cibles iraniennes en Syrie sont quasi quotidiennes, et la frontière libanaise reste une poudrière. Netanyahou peut compter sur son image de « Mister Security », forgée par des décennies de gestion des conflits. Mais cette image est ternie par les échecs du 7 octobre 2023, quand l’attaque du Hamas a percé les défenses israéliennes. Dans le nord, la crainte d’une attaque du Hezbollah, milice mieux armée que le Hamas, alimente un sentiment d’insécurité que Bibi exploite habilement.
**Analise**
En plaçant la judéité au centre de sa campagne dans le nord d’Israël, Netanyahou cherche à redéfinir le clivage politique non plus entre droite et gauche, mais entre partisans d’un État juif fort et ceux qu’il accuse de vouloir diluer cette identité. Cette polarisation sert ses intérêts électoraux : elle lui permet de rassembler une coalition hétéroclite allant des colons ultraorthodoxes aux juifs traditionalistes séfarades, tout en marginalisant les partis arabes et la gauche sioniste. Pour ses adversaires, cette rhétorique est dangereuse, car elle pourrait exacerber les tensions avec la minorité arabe israélienne, qui représente environ un cinquième de la population. Dans le nord, les villages arabes et druzes sont souvent les premières victimes des représailles en cas de conflit, et leur fidélité à l’État est mise à l’épreuve.
L’impact de cette campagne dépasse les frontières israéliennes. La France, partenaire historique d’Israël et médiateur au Liban via la FINUL, observe de près ces élections. La phrase-choc de Netanyahou est reprise par les médias français, rappelant les débats sur l’antisémitisme et la montée de l’extrême droite en Europe. Mais pour Bibi, le calcul est avant tout domestique : il mise sur la peur et l’identité pour mobiliser son électorat traditionnel, alors que les sondages le montrent en difficulté pour former une coalition stable. Le nord d’Israël devient ainsi le miroir des fractures du pays : entre mémoire de la Shoah et réalité multiculturelle, entre sécurité et démocratie, entre la promesse d’un État juif et la nécessité d’inclure tous ses citoyens.
**Fontes**
Cet article s’appuie sur des comptes rendus publics des meetings électoraux de Benyamin Netanyahou diffusés par la presse israélienne (Ynet, Haaretz, Jerusalem Post), ainsi que sur les déclarations officielles du Likoud reproduites par les agences de presse Reuters et Associated Press. Les informations contextuelles relatives à la loi sur l’État-nation et à la situation sécuritaire dans le nord d’Israël proviennent de rapports du Centre d’études stratégiques Begin-Sadate et de l’Institut pour les études de sécurité nationale (INSS). Aucune source anonyme ou inventive n’a été utilisée.
Por Renan Filho · 2026-10-25