**Lead**
Un drame secoue la ville de Saint-Étienne depuis la soirée du 17 octobre. Un mineur de 14 ans a eu la main droite arrachée après avoir été touché par un tir de lanceur de balles de défense (LBD) lors d’une intervention policière. Selon des sources judiciaires, plusieurs plaintes ont été déposées, non seulement contre le fonctionnaire qui a fait usage de son arme, mais également contre Laurent Nuñez, le préfet de police de Paris, accusé par les plaignants d’avoir généralisé l’emploi du LBD dans des conditions illégales.
**Contexte**
L’incident s’est produit dans le quartier de Montreynaud, un secteur souvent décrit comme sensible. Les forces de l’ordre intervenaient pour disperser un attroupement, selon un communiqué officiel. L’adolescent, qui se trouvait à proximité, aurait été atteint par un projectile de LBD, provoquant une mutilation irréversible. Transporté en urgence à l’hôpital Nord, il a subi une intervention chirurgicale lourde. Son pronostic vital n’est plus engagé, mais la perte de sa main droite est définitive.
Ce type d’arme, le LBD 40, est régulièrement critiqué par des associations de défense des droits humains pour sa dangerosité. Plusieurs rapports du Défenseur des droits et d’Amnesty International ont déjà souligné un nombre élevé de blessés graves, notamment au visage et aux membres. Laurent Nuñez, en tant que préfet de police de Paris depuis 2022, a été l’un des principaux défenseurs du maintien du LBD dans les équipements des brigades de voie publique, malgré des recommandations de la commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) préconisant un encadrement plus strict.
Les plaintes déposées par la famille du mineur, assistée par l’avocate Me Sarah Leroux, ne visent pas seulement le policier auteur du tir. Elles incluent également le préfet Laurent Nuñez, au motif qu’il aurait, par ses instructions, favorisé un usage disproportionné de cette arme létale. “Nous estimons que le préfet porte une responsabilité politique et pénale dans cette mutilation. En maintenant l’usage du LBD sans limitation claire, il a créé les conditions d’un tel drame”, a déclaré l’avocate dans une note écrite transmise à la presse.
**Analyse**
Cette affaire relance le débat sur l’emploi des lanceurs de balles de défense par les forces de l’ordre françaises. Depuis les manifestations des Gilets jaunes, le LBD a causé plus de 500 blessés graves, selon les chiffres compilés par des ONG. L’exposition médiatique de ce nouveau cas, avec un mineur mutilé, pourrait accélérer les discussions parlementaires autour d’un éventuel encadrement législatif. Plusieurs députés de la majorité et de l’opposition ont déjà réclamé une interdiction pure et simple de cette arme dans les opérations de maintien de l’ordre.
La mise en cause personnelle de Laurent Nuñez marque également une évolution juridique. Jusqu’à présent, les poursuites se concentraient sur les policiers tireurs, rarement sur les responsables hiérarchiques. Si les juges d’instruction acceptent d’étendre les investigations à la responsabilité du préfet, cela pourrait créer un précédent important dans la doctrine française de la responsabilité pénale des hauts fonctionnaires pour les actes de leurs subordonnés. Des spécialistes du droit public rappellent toutefois que la chaîne de commandement peut être difficile à établir, surtout lorsque les directives sont générales et non spécifiques à une intervention.
**Fontes**
Les informations contenues dans cet article sont fondées sur des dépêches de l’Agence France-Presse (AFP), les communiqués du parquet de Saint-Étienne, les déclarations de l’avocate de la famille communiquées à l’AFP, ainsi que les rapports publics du Défenseur des droits et d’Amnesty International sur l’usage du LBD en France.
Por Renan Filho · 2026-10-19