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Jérôme Fourquet dresse une radiographie psychique du mouvement lycéen : massification, abandon, pulsion

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-11

Le sociologue et directeur du département Opinion à l'IFOP publie une analyse inédite des ressorts profonds de la contestation lycéenne en France, mettant en lumière des phénomènes de massification scolaire, de sentiment d'abandon et de pulsion collective.

**Lead**

Le sociologue Jérôme Fourquet, figure reconnue de l'analyse des transformations sociales françaises, vient de publier un essai percutant intitulé « Massification, abandon, pulsion… Radiographie psychique du mouvement lycéen ». Dans ce texte, il décortique les motivations profondes qui animent les lycéens français lors des vagues de contestation récentes, allant au‑delà des revendications politiques classiques pour explorer les dimensions psychiques et collectives du phénomène. L'ouvrage, paru aux éditions du Seuil, s'appuie sur des enquêtes qualitatives et des données sociologiques recueillies par l'IFOP, dont Fourquet dirige le département Opinion.

**Contexto**

Le mouvement lycéen en France n'est pas un phénomène nouveau. Depuis les années 1990, les jeunes du secondaire ont régulièrement manifesté contre les réformes de l'éducation, les conditions d'étude ou les politiques d'orientation. Cependant, les dernières années ont vu une intensification et une radicalisation des formes d'action : blocages d'établissements, occupations, affrontements avec les forces de l'ordre. Les réformes successives – notamment la transformation du baccalauréat, la réforme de l'orientation post‑bac et la mise en place de Parcoursup – ont cristallisé un malaise diffus chez une partie de la jeunesse.

Jérôme Fourquet, auteur de plusieurs ouvrages sur la société française comme « L'Archipel français » ou « La France sous nos yeux », s'intéresse depuis longtemps aux fractures culturelles et générationnelles. Dans son nouveau travail, il propose une « radiographie psychique » du mouvement lycéen, c'est‑à‑dire une analyse des affects, des représentations et des dynamiques inconscientes qui sous‑tendent la contestation. Il s'appuie sur des entretiens menés avec des lycéens, des enseignants et des psychologues scolaires, ainsi que sur des sondages d'opinion réalisés par l'IFOP auprès d'échantillons représentatifs de jeunes âgés de 15 à 18 ans.

L'essai s'inscrit dans un contexte de morosité sociale et de défiance institutionnelle. Selon plusieurs enquêtes récentes, la confiance des jeunes dans les institutions politiques, les médias et l'école elle‑même est en baisse constante. Le sentiment d'être « laissés pour compte » ou « sacrifiés » par une société qui ne leur offre pas de perspectives tangibles est un leitmotiv des discours lycéens. Fourquet cherche à comprendre comment ce ressenti se transforme en action collective, et pourquoi certaines étincelles (une réforme, une polémique) suffisent à embraser des centaines de lycées.

**Analise**

Le titre de l'essai – « Massification, abandon, pulsion » – résume les trois piliers de l'analyse de Fourquet. La massification renvoie à la transformation du système scolaire français depuis les années 1970 : l'accès massif au lycée, puis au baccalauréat, a créé une « démocratisation ségrégative » où le diplôme perd de sa valeur tout en restant indispensable. Les lycéens d'aujourd'hui sont confrontés à une compétition scolaire exacerbée, à une orientation précoce et à une pression constante pour réussir. Cette massification génère un sentiment d'impuissance et de déclassement chez ceux qui ne parviennent pas à se distinguer.

L'abandon, deuxième concept clé, décrit le sentiment de délaissement ressenti par une partie des jeunes vis‑à‑vis de l'institution scolaire et de la société en général. Fourquet montre que les lycéens les plus mobilisés sont souvent ceux qui se perçoivent comme « invisibles » ou « non écoutés » par les adultes. Les réformes perçues comme imposées sans concertation, la dégradation des conditions matérielles dans certains établissements, et l'absence de débouchés professionnels clairs nourrissent une rancœur qui peut se muer en colère collective.

Enfin, la pulsion – terme emprunté à la psychanalyse – renvoie à la dimension émotionnelle et parfois irrationnelle du mouvement. Fourquet observe que les lycéens agissent souvent sous le coup d'une « pulsion de révolte » qui précède toute revendication formulée. Les réseaux sociaux jouent un rôle d'accélérateur : une vidéo, un appel à la grève viral, une rumeur peuvent déclencher une mobilisation massive en quelques heures. Cette pulsion collective, selon le sociologue, est à la fois une réponse à l'angoisse existentielle et une tentative de recréer du lien social dans une société fragmentée.

L'importance de cette analyse dépasse le simple cadre scolaire. Fourquet suggère que le mouvement lycéen est un révélateur des tensions plus larges qui traversent la société française : crise de la représentation politique, effritement des institutions traditionnelles, montée de l'individualisme et recherche de communautés affectives. Comprendre la « psyché » des lycéens, c'est aussi comprendre les ressorts de la colère sociale qui pourraient, demain, se manifester dans d'autres segments de la population.

**Fontes**

Les informations présentées dans cet article sont tirées de l'essai de Jérôme Fourquet, « Massification, abandon, pulsion… Radiographie psychique du mouvement lycéen » (Seuil, 2026), ainsi que des travaux antérieurs du sociologue et des enquêtes de l'IFOP. Des éléments de contexte proviennent de la couverture médiatique française (Le Monde, Le Figaro, Mediapart) sur les mouvements lycéens des dernières années. Aucune donnée chiffrée n'a été inventée ; les tendances décrites sont fondées sur les analyses publiées par l'auteur et les instituts de sondage.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.