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«Il va falloir qu’ils obéissent» : comment Jean-Luc Mélenchon entend soumettre l’État à sa volonté

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-18

Dans un discours récent, le leader de La France insoumise a durci le ton, promettant une mise au pas des institutions si son camp accédait au pouvoir. Une stratégie qui suscite de vives inquiétudes chez les défenseurs de l’État de droit.

**Lead**

Le chef de file de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a prononcé une déclaration qui fait grand bruit dans le paysage politique français. Lors d’un meeting organisé le week-end dernier à Marseille, il a lancé : «Il va falloir qu’ils obéissent». Une phrase choc qui résume sa vision d’un État remodelé, où les hauts fonctionnaires, les magistrats et les médias seraient alignés sur la ligne politique du nouveau pouvoir. Mélenchon n’a pas caché son intention de briser ce qu’il appelle la «caste» et de mettre l’administration «au service du peuple». Cette annonce s’inscrit dans un projet plus large de VIe République, mais elle marque un tournant dans le discours du leader insoumis, qui semble désormais privilégier une approche autoritaire pour imposer ses réformes.

**Contexto**

La déclaration de Jean-Luc Mélenchon intervient dans un contexte de radicalisation de son discours. Déjà lors de la campagne présidentielle de 2022, il avait promis de «mettre le holà» à certains contre-pouvoirs, notamment le Conseil constitutionnel, qu’il accuse de bloquer les réformes sociales. Son programme L’Avenir en commun prévoit une réécriture complète de la Constitution, avec la suppression du Sénat et un renforcement du pouvoir exécutif par rapport au Parlement. Mais c’est la première fois qu’il emploie un ton aussi direct à l’égard des fonctionnaires et des institutions.

Les partisans de Mélenchon justifient cette fermeté par la nécessité de rompre avec un «système» qui, selon eux, a protégé les privilèges des élites. Ils rappellent que le président actuel, Emmanuel Macron, a lui-même utilisé des procédures autoritaires pour faire passer des réformes impopulaires, comme le 49.3. Mais pour ses détracteurs, le parallèle est trompeur : Macron n’a jamais menacé de soumettre l’administration à sa volonté politique.

L’ancien candidat à la présidentielle estime que l’État profond, composé de hauts fonctionnaires souvent issus de l’ENA (désormais INSP), constitue un frein à la volonté populaire. Il propose donc de révoquer les hauts fonctionnaires qui ne se conformeraient pas à la ligne du nouveau régime. Cette idée a déjà été mise en pratique dans des démocraties illibérales, comme en Hongrie ou en Pologne, où les gouvernements ont remplacé les juges et les hauts fonctionnaires par des loyalistes. Plusieurs constitutionnalistes alertent : une telle dérive menacerait l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs.

**Analise**

Au-delà de la rhétorique, la proposition de Mélenchon pose une question centrale : comment concilier une démocratie directe et participative avec le respect des institutions ? Le leader insoumis affirme vouloir «obéir au peuple» et non aux corps intermédiaires. Mais en promettant de faire plier les administrations, il s’expose à une critique fondamentale : celle de vouloir instaurer un régime de parti unique déguisé en démocratie populaire. L’historien des idées politiques Pierre Rosanvallon rappelle qu’aucune démocratie ne peut fonctionner si l’État n’est pas neutre et respectueux des règles. La phrase «il va falloir qu’ils obéissent» résonne comme un avertissement adressé aux juges, aux préfets et aux diplomates. Si elle était mise en œuvre, la France pourrait connaître une crise institutionnelle sans précédent.

En parallèle, cette radicalisation pourrait avoir des conséquences électorales. Les sondages récents montrent que Mélenchon séduit toujours une partie des classes populaires, mais qu’il effraie les classes moyennes et les retraités. En jouant la carte de l’affrontement frontal avec l’État, il risque de perdre le soutien des électeurs modérés qui avaient voté pour lui au second tour en 2022. Cependant, dans un climat de défiance envers les institutions, ce discours peut aussi lui apporter une partie de l’électorat mécontent des partis traditionels. La prochaine échéance électorale, les législatives de 2027, sera un test decisif pour sa stratéie.

**Fontes**

Discours de Jean-Luc Mélenchon à Marseille, 12 octobre 2026, retransmis par plusieurs médias nationaux. Programme L’Avenir en commun, 2022. Analyse de Pierre Rosanvallon, Le Monde, 15 octobre 2026. Sondages Ifop pour Le Figaro, octobre 2026.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.