FORTIS
← FORTIS
Opiniao

L’IA rend-elle les Français stupides ? Le vrai danger est ailleurs

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-09-24

Entre dépendance technologique et érosion des compétences fondamentales, l’intelligence artificielle est accusée de tous les maux. Mais une analyse libérale-conservatrice révèle que la véritable menace réside dans l’échec du système éducatif français et l’absence de responsabilité individuelle.

« L’IA va nous rendre stupides. » L’affirmation, martelée par certains essayistes et relayée dans les médias français, sonne comme une prophétie apocalyptique. Pourtant, les données disponibles racontent une tout autre histoire : le déclin de la pensée critique et des compétences de base en France est antérieur à l’essor de ChatGPT et autres modèles génératifs.

Les résultats de l’enquête PISA 2022, publiés par l’OCDE, montrent une chute continue des performances des élèves français en compréhension de l’écrit et en mathématiques depuis 2012 – bien avant que l’IA générative ne devienne grand public. En 2022, la France se classe 23e en lecture, derrière des pays comme l’Estonie, le Canada ou la Pologne. Le niveau en mathématiques a chuté de 19 points par rapport à 2018. Le problème n’est donc pas l’IA : c’est un système éducatif qui a abandonné l’exigence, la rigueur et l’enseignement de la pensée critique au profit de pédagogies laxistes.

Pourquoi cette question importe-t-elle ? Parce que la France, dans un monde globalisé et concurrentiel, ne peut pas se permettre une main-d’œuvre moins formée. La souveraineté nationale passe par la capacité à innover, à analyser, à décider. Si l’IA est utilisée comme une béquille – pour rédiger des dissertations, résoudre des problèmes ou même conduire des raisonnements – sans que les compétences sous-jacentes soient maîtrisées, alors oui, il y a un risque. Mais ce risque n’est pas inhérent à la technologie : il est le symptôme d’une démission de l’État et des individus.

**Analyse FORTIS** Du point de vue libéral-conservateur, la réponse à ce défi ne passe pas par davantage de régulation étatique, ni par l’interdiction des outils d’IA dans les écoles – comme l’ont suggéré certains syndicats enseignants. Au contraire, l’interdiction serait une fuite en avant. L’État français dépense déjà des sommes considérables pour l’éducation nationale (plus de 150 milliards d’euros par an) avec des résultats médiocres. Ajouter des couches de contrôle ne fera qu’alourdir un système déjà bureaucratique et inefficace.

La solution est double : d’abord, restaurer l’exigence dans l’enseignement fondamental – lecture, écriture, calcul, raisonnement logique. Ensuite, encourager une culture de responsabilité individuelle. Les parents, les élèves et les travailleurs doivent comprendre que l’IA est un outil, pas un substitut. Le libre marché, par la concurrence entre entreprises et la valorisation des compétences rares, saura naturellement pénaliser ceux qui se reposent trop sur la machine. Les entreprises françaises, notamment dans les secteurs technologiques et de services, commencent déjà à recruter des profils capables de « prompt engineering » et d’analyse critique des résultats de l’IA, créant ainsi une prime pour ceux qui maîtrisent l’outil sans en devenir esclaves.

**Contrepoint** Certains experts, comme le philosophe des technologies Nicolas Nova, avancent que l’IA générative provoque une « externalisation cognitive » : nous déléguons notre mémoire, notre capacité de synthèse et même notre créativité à des algorithmes. Une étude de l’Université de Stanford, publiée en 2024, a montré que les étudiants utilisant ChatGPT pour des exercices de rédaction voyaient leur capacité à structurer un argument diminuer après quelques semaines d’usage intensif. C’est un vrai signal d’alarme.

Mais là encore, la faute n’est pas à l’IA, mais à l’absence d’encadrement. Les mêmes études montrent que lorsque l’outil est utilisé comme un assistant – pour générer des idées, vérifier des faits ou améliorer un texte déjà rédigé – les compétences ne régressent pas. Le problème est donc pédagogique et comportemental, non technologique. Une société qui interdit l’IA dans les écoles priverait les élèves d’un outil puissant, tout en les laissant sans défense face à son usage massif dans le monde professionnel.

**1. L’IA va-t-elle remplacer les emplois intellectuels en France ?** Non, pas massivement, mais elle va transformer les métiers. Les emplois répétitifs de traitement de données, de traduction basique ou de rédaction standardisée seront automatisés. En revanche, les postes nécessitant jugement, créativité, empathie et pensée critique – avocats, médecins, ingénieurs, enseignants – verront leur valeur augmenter, à condition que les travailleurs sachent utiliser l’IA comme un levier de productivité. Le libre marché récompensera ceux qui s’adaptent.

**2. Faut-il interdire l’IA dans les écoles françaises ?** Non. L’interdiction serait contre-productive. L’enjeu est d’enseigner aux élèves à utiliser l’IA de manière critique, comme on enseigne à vérifier une source ou à construire un raisonnement. La France a déjà un retard dans l’éducation numérique ; interdire l’IA ne ferait qu’accroître l’écart avec des pays comme Singapour ou l’Estonie, qui intègrent ces outils dans leurs programmes. La priorité est de réformer le système éducatif pour qu’il retrouve l’exigence perdue, et non de diaboliser la technologie.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.