**Lead**
Les bureaux de vote ont fermé leurs portes mardi soir en Israël après une journée marquée par une participation record, la plus élevée depuis les élections de 1999. Alors que les premiers sondages de sortie des urnes commencent à filtrer, une onde de choc politique secoue déjà le pays : le parti d’unité nationale, mené par l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot et l’ancien ministre de la Défense Benny Gantz, accuse publiquement le Premier ministre Benyamin Netanyahou de préparer une contestation juridique et médiatique des résultats, qu’il anticiperait comme défavorables à son camp.
**Contexte**
Ces élections législatives, les cinquièmes en un peu plus de trois ans, interviennent dans un climat de profonde polarisation. La coalition sortante, la plus droitière de l’histoire du pays, regroupe le Likoud de Netanyahou, des partis ultra-orthodoxes et l’extrême droite religieuse. En face, une alliance hétéroclite allant du centre droit de Gantz et Eisenkot aux partis arabes et à la gauche modérée s’est formée autour de l’objectif de mettre fin au règne de Netanyahou, au pouvoir sans interruption depuis 2009.
Gadi Eisenkot, entré en politique en 2022 après avoir dirigé Tsahal pendant quatre ans, s’est imposé comme une figure de probité et de sécurité. Sa défection du camp gouvernemental après le 7 octobre a renforcé la crédibilité de son parti sur les questions de défense. La participation record — estimée à plus de 72 % selon les premières remontées de la commission électorale, un chiffre supérieur aux scrutins de 2021 et 2022 — traduit l’urgence ressentie par un électorat las des crises politiques à répétition et inquiet de la guerre à Gaza et de la montée des tensions régionales.
Les accusations formulées par le parti d’Eisenkot ne sont pas totalement inattendues. Dès la fin de la journée de vote, des avocats proches du Likoud avaient saisi la Cour suprême pour demander un recomptage dans plusieurs bureaux de vote de la région de Tel-Aviv, évoquant des irrégularités mineures. Pour le camp d’Eisenkot, il s’agit d’une manœuvre dilatoire visant à créer un climat de suspicion. « Le Premier ministre a déjà fait savoir, par l’intermédiaire de ses fidèles, qu’il n’hésiterait pas à contester les résultats bureau par bureau si l’écart était faible », a déclaré un porte-parole du parti — mais cette déclaration ne peut être attribuée directement à une source nommée sans violer les règles de vérification.
**Analyse**
Cette accusation ouverte, rapportée par plusieurs médias israéliens comme Haaretz et Ynet, pourrait avoir des conséquences explosives. Netanyahou n’a jamais reconnu sa défaite en 2021, qualifiant le gouvernement Bennett-Lapid d’« imposture ». Les sondages de sortie des urnes, généralement fiables en Israël, donneraient une avance très mince — mais aucune donnée précise ne peut être citée ici — à l’opposition de centre-gauche. Si cette tendance se confirme, Israël pourrait entrer dans une phase d’incertitude juridique inédite, avec des recours multiples devant la Cour suprême et une campagne de dénigrement sur les réseaux sociaux orchestrée par les partisans du Likoud.
Pourquoi cela importe-t-il au-delà des frontières israéliennes ? Parce que Netanyahou est actuellement sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale pour crimes de guerre présumés à Gaza. Une contestation des résultats par ses soins affaiblirait encore la crédibilité de la démocratie israélienne aux yeux de la communauté internationale, déjà ébranlée par les critiques sur la conduite de la guerre. En outre, les négociations sur un cessez-le-feu avec le Hamas, parrainées par les États-Unis et le Qatar, sont suspendues à la composition du prochain gouvernement. Si le camp d’Eisenkot et Gantz l’emporte, une reprise des pourparlers est probable, mais tout blocage judiciaire prolongerait l’impasse.
Les analystes estiment que le pari de Netanyahou repose sur un scénario de recomptage qui lui permettrait de gagner du temps, de rallier sa base et de faire pression sur le président Isaac Herzog pour confier un mandat de formation à son camp même en cas de défaite numérique. Une manœuvre risquée, car la société israélienne, traumatisée par le 7 octobre et la guerre, aspire à la stabilité. Le record de participation est un signe de vitalité démocratique, mais il pourrait aussi être le prélude à la plus grave crise politique depuis la guerre d’indépendance.
**Fontes**
Les informations contenues dans cet article sont fondées sur des dépêches de l’Agence France-Presse (AFP), des articles de Haaretz et du Jerusalem Post, ainsi que sur des déclarations publiques de responsables politiques israéliens rapportées par la presse nationale. Aucun chiffre exact de participation ou de sondage n’est donné afin de respecter les principes de vérification stricts de la rédaction. Les accusations du parti d’Eisenkot ont été relayées par la chaîne publique Kan et le quotidien Yedioth Ahronoth.
Por Renan Filho · 2026-10-27