**Lead**
Le journaliste et éditorialiste Vincent Trémolet de Villers a publié dans les colonnes du Figaro un texte sans concession intitulé « Lycées, violences, le tableau noir d’un pays qui ne sait plus où il va ». Il y dépeint une institution scolaire française en proie à un malaise profond, où les agressions entre élèves, les incivilités et le sentiment d’impuissance des enseignants se sont banalisés. L’éditorial, largement relayé sur les réseaux sociaux et dans les débats politiques, remet en question la capacité des pouvoirs publics à endiguer ce phénomène.
**Contexto**
Depuis plusieurs années, les chiffres officiels du ministère de l’Éducation nationale indiquent une hausse des signalements de violences dans les établissements du second degré. Selon les enquêtes de climat scolaire menées par la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), un élève sur dix déclare avoir été victime de violences physiques au cours de l’année scolaire 2024-2025. Les lycées professionnels sont particulièrement touchés, avec des taux de signalement deux fois supérieurs à ceux des lycées généraux. Par ailleurs, le nombre d’incidents graves nécessitant l’intervention des forces de l’ordre a progressé de près de 15 % en trois ans.
Le phénomène n’est pas nouveau, mais il s’est aggravé après la pandémie de Covid-19. Les confinements successifs ont fragilisé le lien social entre les jeunes, et le retour en classe s’est accompagné d’une recrudescence des conflits. Plusieurs rapports parlementaires, dont celui de la mission d’information sur la violence à l’école présidée par le député Stéphane Vojetta, ont pointé un manque de moyens humains, une formation insuffisante des personnels et une difficulté à appliquer les sanctions disciplinaires.
L’éditorial de Trémolet de Villers s’inscrit dans cette séquence de constats alarmants. Il ne se contente pas de décrire les faits : il interroge le sens même du projet éducatif républicain. « Quand l’école ne protège plus, elle ne transmet plus rien », écrit-il, évoquant la perte d’autorité des professeurs et la montée d’un individualisme qui mine la vie collective. Pour lui, la violence scolaire est le symptôme d’une société française qui ne parvient plus à se projeter, à offrir un avenir stable à sa jeunesse.
**Analise**
Ce qui frappe dans la prise de parole de Vincent Trémolet de Villers, c’est son ancrage dans une tradition éditoriale de droite, mais aussi la résonance qu’elle trouve au-delà des clivages. Son analyse rejoint en plusieurs points les travaux de sociologues comme Sébastien Joannin ou Christian Baudelot, qui ont montré le lien entre inégalités territoriales et violences scolaires. En effet, les établissements situés dans les quartiers les plus défavorisés concentrent l’essentiel des incidents, tandis que les lycées de centre-ville restent relativement épargnés. Ce découpage social renforce la thèse de l’éditorialiste : l’école ne joue plus son rôle d’ascenseur social, elle devient un miroir des fractures du pays.
L’impact de ce texte dépasse le cercle des spécialistes. Il alimente un débat récurrent sur la nécessité d’une réforme en profondeur du système éducatif français. Plusieurs syndicats enseignants, comme le Snes-FSU, ont réagi en soulignant que les réponses sécuritaires ne suffisent pas. « Punir plus ne réglera rien si on ne redonne pas du sens à l’école », a déclaré Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes, dans un communiqué. De son côté, le ministre de l’Éducation nationale a annoncé la création de « groupes de travail » sur la discipline et la formation des enseignants, sans pour l’instant détailler de mesures concrètes.
Dans son éditorial, Trémolet de Villers ne propose pas de solution miracle — et c’est sans doute là sa force. Il décrit un état des lieux lucide, sans complaisance, et appelle à une prise de conscience collective. Il rappelle que derrière chaque chiffre, il y a des adolescents en souffrance, des familles inquiètes et des professionnels épuisés. Le tableau qu’il brosse est sombre, mais nécessaire. Car, comme il l’écrit, « on ne guérit pas un mal qu’on refuse de nommer ».
**Fontes**
Cet article s’appuie sur l’éditorial de Vincent Trémolet de Villers publié dans Le Figaro ainsi que sur les données officielles du ministère de l’Éducation nationale, les enquêtes de la Depp, les rapports parlementaires de la mission d’information sur la violence scolaire, et les déclarations publiques du Snes-FSU.
Por Renan Filho · 2026-10-12