Les Éditions XYZ, maison d’édition canadienne basée à Montréal, ont annoncé ce mercredi 24 septembre la suspension immédiate de la tournée promotionnelle de Thélyson Orélien en France. L’auteur, connu pour son roman à succès « L’Énigme de la chambre 622 », est accusé par plusieurs critiques et internautes d’avoir utilisé un outil d’intelligence artificielle générative pour rédiger une partie significative de son dernier ouvrage, « Le Testament de l’Ombre ».
Dans un communiqué officiel publié sur son site, l’éditeur affirme avoir « pris connaissance d’allégations sérieuses concernant les méthodes d’écriture de M. Orélien ». Sans confirmer ni infirmer les soupçons, la maison précise que « dans l’attente d’une vérification indépendante, il a été décidé de suspendre les rencontres avec le public français afin de préserver l’intégrité du débat littéraire ». Orélien, de son côté, a nié toute utilisation frauduleuse de l’IA dans une publication sur le réseau social X, évoquant « une campagne de diffamation orchestrée par des concurrents jaloux ».
L’affaire a rapidement enflammé les réseaux sociaux et les médias francophones. Le quotidien Le Devoir a révélé que plusieurs passages du roman présentent des similitudes stylistiques avec des textes générés par ChatGPT, tandis que le magazine Livres Hebdo a interrogé des experts en traitement automatique des langues qui jugent « statistiquement improbable » qu’un humain ait écrit ces phrases sans assistance. Pourtant, aucune preuve définitive n’a été rendue publique.
Pourquoi cette suspension importe-t-elle au-delà du simple fait divers littéraire ? Parce qu’elle illustre la tension croissante entre la liberté de création et la régulation par la peur. Dans un marché de l’édition déjà fragilisé par la baisse des ventes et la concurrence du numérique, une maison d’édition choisit de céder à la pression médiatique plutôt que de laisser le public juger l’œuvre elle-même. C’est un précédent dangereux pour la liberté d’expression et le droit d’auteur.
Analyse FORTIS : du point de vue libéral-conservateur, cette décision est un cas d’école de la « cancel culture » appliquée au domaine culturel. Au lieu de laisser les lecteurs décider si le roman mérite d’être lu – ou de laisser le marché sanctionner une éventuelle tricherie par des ventes médiocres –, l’éditeur anticipe un procès en sorcellerie. L’IA est un outil, pas un crime. Si un auteur l’utilise pour améliorer sa productivité, où est le problème ? La littérature a toujours été le fruit d’influences, de collaborations et d’emprunts. Accuser quelqu’un sans preuve irréfutable, c’est ouvrir la porte à une chasse aux sorcières qui nuira à l’innovation.
Mais il faut aussi entendre le contrepoint. Les défenseurs de l’authenticité littéraire rappellent que l’écriture est un acte humain, porteur d’une voix singulière. Utiliser une IA pour produire des phrases à la chaîne dénature le contrat tacite entre l’auteur et son lecteur. Plusieurs associations d’écrivains, comme la Société des gens de lettres, ont appelé à une régulation claire : tout usage substantiel de l’IA devrait être déclaré. Cette exigence de transparence n’est pas déraisonnable, mais elle ne justifie pas une suspension préventive sans enquête contradictoire.
Le vrai problème est ailleurs : l’État français, par l’intermédiaire du Centre national du livre, subventionne massivement l’édition. Or, ces subventions sont souvent conditionnées à des critères de « qualité littéraire » définis par des comités d’experts. Si la panique anti-IA s’installe, on risque de voir des critères arbitraires exclure des œuvres potentiellement brillantes simplement parce qu’elles ont été assistées par un algorithme. C’est une ingérence dans le marché, typique de la mentalité interventionniste qui étouffe l’innovation en Europe.
En attendant, Thélyson Orélien perd des ventes et des contrats de traduction. Son éditeur canadien, lui, risque de passer pour un lâche auprès des défenseurs de la liberté d’expression. Et le public français se prive d’un débat littéraire qui aurait pu être passionnant. La seule chose certaine, c’est que cette affaire est loin d’être terminée.
Por Renan Filho · 2026-09-24