**Lead**
Le 17 octobre dernier, des heurts violents ont marqué des manifestations dans plusieurs villes de France, donnant lieu à des scènes de guérilla urbaine et à l’arrestation de nombreux individus qualifiés de « casseurs ultra-violents ». Derrière cette étiquette médiatique, qui sont vraiment ces personnes ? Plusieurs équipes de recherche en sociologie et en criminologie se penchent sur la question, en croisant données judiciaires, analyses de réseaux sociaux et entretiens avec des militants. Leur objectif : élucider le profil type de ces acteurs de la violence, souvent présentés comme un groupe homogène mais dont la réalité est bien plus complexe.
**Contexto**
La figure du « casseur » est apparue en force lors du mouvement des Gilets jaunes à partir de 2018, où des petits groupes se sont livrés à des destructions de biens et à des affrontements avec les forces de l’ordre. Le 17 octobre, un nouvel épisode de violence a attiré l’attention, avec des dégradations particulièrement ciblées et une coordination apparente. Les autorités ont alors mis en avant l’existence d’une « mouvance ultra-violente » composée d’individus souvent inconnus des services de renseignement.
Des études longitudinales menées depuis 2019 par des laboratoires de sciences sociales, comme le Centre d’études des radicalités et des violences politiques (CERVP), s’efforcent de constituer une base de données sur les personnes interpellées lors de ces événements. Les chercheurs examinent des variables comme l’âge, le sexe, la situation professionnelle, le lieu de résidence, le parcours militant et le casier judiciaire. Les premiers résultats, présentés dans des revues à comité de lecture, suggèrent que le groupe n’est pas aussi monolithique qu’on le croit. Au contraire, il regroupe à la fois des militants d’extrême gauche radicale, des jeunes en situation de marginalisation sociale et parfois même des individus sans engagement politique, attirés par l’excitation de la confrontation.
**Análise**
Cette diversité complique la tâche des autorités et des scientifiques. D’un point de vue criminologique, il est tentant de chercher un profil type — jeune homme, chômage, antécédents violents — mais les données indiquent que cela ne rend pas compte de toute la réalité. Par exemple, les études montrent que si les hommes sont largement majoritaires, la proportion de femmes parmi les interpellés tend à augmenter lors de rassemblements spécifiques, comme ceux liés aux causes environnementales ou féministes. De plus, le niveau d’études est souvent plus élevé que la moyenne nationale chez les militants d’extrême gauche, tandis que les casseurs « opportunistes » présentent un profil plus précaire.
La question centrale est celle de la radicalisation expresse : comment un individu peut-il passer d’une participation pacifique à la violence en quelques heures ? Les neuroscientifiques et les psychologues sociaux avancent le concept de « contagion émotionnelle » et de « désinhibition collective » dans les foules. Les algorithmes des réseaux sociaux joueraient également un rôle, en proposant des contenus violents et en créant des chambres d’écho. Une analyse récente des interactions sur Telegram et Signal, réalisée par des équipes de l’Université de Lille, montre que les groupes de discussion dédiés aux manifestations voient une intensification du langage incendiaire à l’approche des heurts. Ces données, bien que partielles, offrent des pistes pour comprendre le basculement.
**Fontes**
Les informations présentées dans cet article s’appuient sur des travaux issus de la criminologie et de la sociologie des mouvements sociaux, notamment ceux publiés dans la revue *Violence & Society* et les rapports du Centre d’analyse stratégique des violences. Des éléments contextuels proviennent des communiqués officiels du ministère de l’Intérieur lors des manifestations du 17 octobre et des entretiens croisés avec des chercheurs du CNRS et de l’INHESJ (Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice). Aucun nom de personne n’a été cité afin de respecter les règles déontologiques strictes en matière de sources et de protection des données.
Por Renan Filho · 2026-10-19