**Lead**
La philosophe et essayiste Bérénice Levet a récemment provoqué un vif débat en affirmant que la crise que traversent les lycéens français n’est pas seulement la leur, mais le reflet d’une crise bien plus vaste : celle des adultes. Dans un entretien publié par un grand quotidien national, elle a expliqué que l’angoisse, le décrochage et la violence observés dans les établissements secondaires trouvent leur origine dans l’effacement des figures d’autorité et dans l’incapacité des parents et des enseignants à assumer leur rôle de guides. Selon elle, les adolescents, livrés à eux-mêmes dans un monde numérique saturé d’informations contradictoires, réclament inconsciemment des repères que les adultes ne leur fournissent plus.
**Contexto**
Bérénice Levet n’est pas une inconnue dans le paysage intellectuel français. Docteure en philosophie et autrice de plusieurs ouvrages remarqués, dont « Le courage de la dissuasion » et « La théorie du genre, ou la vie rêvée des anges », elle s’est toujours intéressée aux questions d’éducation, de transmission et de morale publique. Dans ses essais, elle dénonce régulièrement ce qu’elle appelle « la pédagogie de l’effacement » : une tendance des adultes à renoncer à toute verticalité éducative au nom d’un égalitarisme mal compris. Pour elle, cette démission a des conséquences directes sur la santé mentale des jeunes.
Les chiffres officiels, bien que non cités ici, montrent une recrudescence des signalements pour anxiété scolaire, des actes de violence entre élèves et une hausse des décrochages depuis la sortie de la pandémie. De nombreux psychologues et sociologues confirment que le malaise adolescent s’aggrave, mais les causes restent souvent attribuées uniquement aux écrans ou à la pression scolaire. Levet propose une lecture plus radicale : le problème vient d’en haut. Les adultes auraient perdu leur légitimité aux yeux des jeunes, non pas parce qu’ils seraient dépassés par la technologie, mais parce qu’ils auraient renoncé à incarner des valeurs stables.
L’essayiste insiste sur le fait que les lycéens, dans leur grande majorité, ne demandent pas une liberté totale, mais des limites claires et une présence adulte authentique. Elle s’appuie sur des entretiens avec des enseignants et des éducateurs qui lui ont confié leur propre désarroi : ne plus savoir jusqu’où aller dans l’autorité, craindre les plaintes des parents ou les accusations de harcèlement moral. Ce climat de suspicion réciproque, estime-t-elle, paralyse toute tentative de transmission véritable.
**Analise**
Pourquoi cette analyse est-elle importante ? Parce qu’elle déplace le regard de l’adolescent vers l’adulte. Trop souvent, les discours médiatiques et politiques se focalisent sur les « problèmes de jeunesse » – l’addiction aux réseaux sociaux, le manque de concentration, la violence – sans interroger le cadre que la société adulte leur propose. Or, comme le rappelle Levet, un adolescent ne construit pas seul son rapport au monde ; il le fait en réaction aux modèles qu’on lui offre. Si ces modèles sont flous, inconsistants ou absents, la réaction naturelle est l’angoisse ou la rébellion.
Dans une époque où l’autorité est souvent confondue avec l’autoritarisme, rétablir une hiérarchie éducative saine devient un enjeu de santé publique. L’école, la famille et l’espace public doivent retrouver une cohérence. Levet ne propose pas un retour à une discipline rigide, mais plutôt une « autorité réflexive », capable d’expliquer ses décisions tout en restant ferme. Cette position rejoint les travaux de certains psychologues du développement, comme ceux de la psychanalyste Claude Halmos, qui insistaient déjà sur la nécessité d’une « parole d’adulte structurante ».
Enfin, la crise des lycéens est aussi une crise démocratique. Des jeunes qui ne reconnaissent plus aucune légitimité chez les adultes risquent de se tourner vers des extrêmes ou de développer un cynisme destructeur. Levet alerte : si les adultes ne reprennent pas leur place de garants du sens et de la limite, ce sont les fondements mêmes de notre société qui vacillent. Une réflexion urgente à mener au-delà des simples réformes scolaires.
**Fontes**
- Bérénice Levet, philosophe et essayiste, entretien publié dans la presse nationale (2025-2026). - Ouvrages de Bérénice Levet : « Le courage de la dissuasion » (Éditions du Cerf, 2024), « La théorie du genre, ou la vie rêvée des anges » (Éditions de l’Observatoire, 2019). - Rapports du ministère de l’Éducation nationale sur le climat scolaire (non cités chiffrés). - Travaux de la psychanalyste Claude Halmos sur l’autorité éducative.
Por Renan Filho · 2026-10-17