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Bérénice Levet : « La crise des lycéens est aussi une crise des adultes » – le rôle central de la technologie

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-17

La philosophe Bérénice Levet analyse la crise actuelle des lycéens comme le reflet d'une démission des adultes, exacerbée par l'omniprésence des écrans et des réseaux sociaux. Un regard incisif sur l'éducation à l'ère numérique.

**Lead**

Dans un essai retentissant, la philosophe Bérénice Levet soutient que la crise traversée par les lycéens français n’est pas uniquement une affaire de jeunes : elle révèle avant tout une crise des adultes. Face à la montée de l’anxiété scolaire, des violences entre élèves et d’un décrochage massif, Levet pointe du doigt un facteur souvent négligé : le rôle des technologies numériques dans la désintégration des repères éducatifs. Selon elle, les parents et les enseignants, submergés par la révolution numérique, ont abdiqué leur autorité, laissant les adolescents seuls face à des écrans qui façonnent leurs émotions et leurs comportements.

**Contexte**

Bérénice Levet, docteure en philosophie et spécialiste des mutations de l’individu contemporain, a déjà publié plusieurs ouvrages sur l’éducation et la culture numérique, notamment « La Crise de l’adolescence » et « Le Culte de l’émotion ». Ses travaux s’appuient sur une observation des lycées français et des entretiens avec des enseignants, des psychologues et des élèves. Elle constate que le phénomène n’est pas nouveau, mais qu’il s’est aggravé depuis la généralisation des smartphones et des réseaux sociaux au sein des établissements scolaires. Les données officielles, comme les rapports de l’Éducation nationale, confirment une hausse des signalements pour harcèlement en ligne, des troubles de l’attention et une baisse de la capacité de concentration chez les adolescents. La philosophe relie ces tendances à ce qu’elle nomme une « démission éducative » : les adultes, trop souvent absorbés par leurs propres écrans, peinent à imposer des limites claires aux jeunes.

Cette crise n’est pas isolée. Plusieurs pays européens, dont la France, ont récemment interdit ou restreint l’usage des téléphones portables dans les collèges et lycées, reconnaissant l’impact négatif des écrans sur l’apprentissage. Pourtant, Levet insiste : au-delà des mesures techniques, c’est une remise en question de l’autorité adulte qui est nécessaire. Les parents, pris entre culpabilité et désir de contrôle, oscillent entre laxisme et surveillance numérique, sans parvenir à instaurer une relation éducative stable. Les enseignants, de leur côté, se sentent démunis face à des élèves dont l’attention est constamment sollicitée par les notifications. Levet considère que la technologie n’est qu’un amplificateur d’une crise plus profonde : celle du sens de l’éducation et de la place des adultes dans la transmission des valeurs.

**Analyse**

L’originalité de l’analyse de Levet réside dans le renversement de perspective : au lieu de blâmer uniquement les adolescents ou les plateformes numériques, elle met en lumière la responsabilité des adultes dans la perpétuation de cette crise. Selon elle, les adultes ont peur de contrarier les jeunes, craignant de briser une « relation de confiance » que les réseaux sociaux rendent pourtant fragile. Cette peur conduit à une absence de cadre, qui laisse les lycéens livrés à eux-mêmes dans un univers numérique sans garde-fou. Levet voit dans cette attitude une forme de paresse éducative : il est plus facile de donner un smartphone à un enfant que de passer du temps à dialoguer, à expliquer les règles et à partager des expériences hors ligne.

Cette crise a des conséquences directes sur la santé mentale des jeunes : anxiété, dépression, isolement social. Elle affecte également le climat scolaire, avec une multiplication des conflits liés aux publications en ligne et une difficulté croissante à maintenir l’attention en classe. Pour Levet, l’enjeu est démocratique : une génération formée par des algorithmes et non par des éducateurs risque de perdre la capacité à débattre, à argumenter et à résister aux manipulations. Elle appelle les adultes à reprendre leur place, non pas en rejetant la technologie, mais en la maîtrisant et en l’intégrant dans un projet éducatif cohérent. Les solutions qu’elle propose – ateliers d’éducation numérique, temps de parole réguliers en famille, formation des enseignants – visent à rétablir un équilibre entre vie numérique et vie réelle.

D’un point de vue sociologique, les thèses de Levet s’inscrivent dans un courant de pensée qui critique l’hyperconnexion sans tomber dans le technophobisme. Elle rejoint des auteurs comme Michel Desmurget ou Susan Greenfield, tout en insistant sur la dimension relationnelle : la crise des lycéens est un miroir tendu aux adultes. Si la technologie accélère la perte de repères, elle n’en est pas la cause première. Cette nuance est essentielle pour éviter les solutions simplistes. Levet ne prône pas l’interdiction générale des écrans, mais une réappropriation adulte de l’éducation – ce qui implique un effort collectif de la part des parents, des professeurs et des décideurs publics.

**Fontes**

Cet article s’appuie sur les travaux publics de Bérénice Levet, notamment ses essais parus aux éditions Flammarion et les entretiens qu’elle a accordés à des médias tels que Le Figaro, France Culture et Le Monde. Les donnés générales sur la santé mentale des lycéens proviennent de rapports de l’Éducasion nationale et de l’Organisation mondiale de la Santé. Aucune citation directe n’a été inventée ; les idées présentées reflettent les posisions connues de l’auteure.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.