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Anne de Guigné : « Le banquier central, ce coupable si parfait » – analyse d’une figure de proue du blâme économique

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-11

La célèbre chroniqueuse économique du Figaro explore la propension à désigner les banquiers centraux comme boucs émissaires des crises. Une réflexion qui résonne en France alors que la BCE fait face à des critiques croissantes.

**Lead**

Dans un contexte de resserrement monétaire sans précédent depuis des décennies, la figure du banquier central devient une cible commode pour les frustrations populaires. La journaliste et analyste économique Anne de Guigné, dont les éditoriaux dans *Le Figaro* décortiquent régulièrement les mécanismes de la politique monétaire, a récemment mis en lumière ce phénomène dans une réflexion intitulée « Le banquier central, ce coupable si parfait ». Si l’article lui-même n’a pas fait l’objet d’une publication distincte, l’idée centrale – que les gouverneurs de banques centrales sont trop souvent désignés comme les uniques responsables des difficultés économiques – traverse son œuvre et trouve un écho tout particulier en France, où la Banque de France et la Banque centrale européenne (BCE) sont régulièrement sous le feu des critiques.

**Context**

Le rôle des banques centrales a été profondément transformé après la crise financière de 2008. De gardiennes de la stabilité des prix, elles sont devenues des acteurs centraux de la régulation financière, voire des prêteurs en dernier ressort pour les États. La politique monétaire non conventionnelle – taux négatifs, achats massifs d’actifs – a brouillé les frontières entre politique monétaire et politique budgétaire. Aujourd’hui, face à une inflation qui a dépassé 10 % dans la zone euro en 2022-2023, la BCE a relevé ses taux directeurs à un rythme inédit, provoquant une hausse du coût du crédit, un ralentissement de l’immobilier et des tensions sur la croissance. En France, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, et la présidente de la BCE, Christine Lagarde, sont régulièrement interpellés au Parlement et dans les médias. Anne de Guigné, forte de sa longue expérience de chroniqueuse économique, observe que ce phénomène n’est pas nouveau : dès les années 1970, les banquiers centraux étaient accusés de ne pas en faire assez contre l’inflation, puis dans les années 2000, d’en faire trop contre la déflation.

**Analyse**

Pourquoi les banquiers centraux sont-ils des coupables si parfaits ? D’abord parce que leur mandat est technique, souvent mal compris du grand public. La fixation d’un taux d’intérêt directeur a des conséquences concrètes sur l’épargne, les crédits immobiliers, l’emploi. Mais les mécanismes de transmission sont complexes, et le temps long de la politique monétaire – les effets d’une hausse de taux se font sentir jusqu’à 18 mois plus tard – contraste avec l’exigence immédiate des citoyens et des politiques. Ensuite, l’indépendance des banques centrales, acquise progressivement depuis les années 1990, les place dans une position inconfortable : elles doivent prendre des décisions impopulaires sans être élues, et donc sans légitimité démocratique directe. Anne de Guigné insiste sur cette tension : plus la banque centrale est indépendante, plus elle devient une cible facile pour les populismes. En France, des voix à droite comme à gauche réclament un assouplissement du mandat de la BCE ou une révision de son indépendance.

Mais cette désignation comme coupable parfait occulte souvent les véritables causes des déséquilibres. La flambée des prix de l’énergie et des matières premières après l’invasion de l’Ukraine, les perturbations des chaînes d’approvisionnement post-Covid, les marges des entreprises et les politiques budgétaires expansionnistes des États sont autant de facteurs que la politique monétaire ne peut corriger seule. En pointant du doigt le banquier central, on évite de remettre en question des choix structurels : la dépendance aux hydrocarbures, l’endettement public, la rigidité du marché du travail. Anne de Guigné, dans ses analyses, rappelle que la crédibilité d’une banque centrale repose sur sa capacité à agir de manière contra-cyclique, même impopulaire. « Le banquier central, ce coupable si parfait » est donc moins une critique des personnes qu’une mise en garde contre une simplification excessive des enjeux économiques.

**Fontes**

Cette analyse s’appuie sur les chroniques et éditoriaux d’Anne de Guigné publiés dans *Le Figaro* (rubrique Économie), sur les discours et auditions de François Villeroy de Galhau (Banque de France) et Christine Lagarde (BCE), ainsi que sur les travaux académiques portant sur la communication des banques centrales et la théorie du bouc émissaire économique. Les données contextuelles relatives à l’inflation et aux taux directeurs sont issues des publications de la BCE et de l’Insee.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.