**Lead**
Antonio Filosa, le patron de Stellantis, a déclaré dans un entretien au Figaro que son groupe est capable d’être aussi compétitif que les constructeurs chinois, pourvu que les conditions de concurrence soient équitables. Cette prise de position intervient alors que l’industrie automobile européenne fait face à une offensive sans précédent des marques chinoises, portées par des coûts de production plus bas et des subventions massives de Pékin. Filosa, qui pilote le quatrième constructeur mondial, a insisté sur la nécessité de règles commerciales harmonisées pour préserver la compétitivité des usines européennes.
**Contexte**
L’interview accordée au quotidien français s’inscrit dans un climat de tensions commerciales croissantes entre l’Union européenne et la Chine. Bruxelles envisage depuis plusieurs mois d’imposer des droits de douane supplémentaires sur les véhicules électriques chinois, accusés de bénéficier d’aides d’État déloyales. Stellantis, qui possède des marques emblématiques comme Peugeot, Citroën, Fiat ou Jeep, a déjà engagé un virage électrique ambitieux, avec l’objectif de proposer une gamme 100 % électrique en Europe d’ici 2030. Cependant, la concurrence chinoise, incarnée par BYD, MG ou Nio, grignote des parts de marché sur le Vieux Continent, notamment dans le segment des véhicules électriques abordables.
Antonio Filosa, qui a pris la tête de Stellantis en 2024, a rappelé que le groupe dispose d’atouts indéniables : un vaste réseau de R&D, une expertise historique dans la production de masse et une présence mondiale. Mais il a également souligné les déséquilibres actuels, citant des différences de normes sociales, environnementales et fiscales entre l’Europe et la Chine. « Nous ne demandons pas de protection, mais une réciprocité », a-t-il expliqué. Cette déclaration fait écho à celle de nombreux dirigeants européens, qui réclament une politique industrielle plus musclée pour contrer l’avance chinoise dans les batteries et les technologies de mobilité.
**Analyse**
Les propos d’Antonio Filosa interviennent à un moment charnière pour l’industrie automobile. Les ventes de véhicules électriques en Europe ont ralenti en 2025, tandis que les importations en provenance de Chine ont bondi de près de 40 % sur un an. Si le patron de Stellantis affiche une confiance dans la capacité du groupe à s’adapter, ses déclarations traduisent aussi une inquiétude face à des distorsions de concurrence qui pourraient menacer des milliers d’emplois en France, en Italie et ailleurs. Le gouvernement français, par la voix du ministre de l’Industrie, a déjà plaidé pour un « Buy European Act » dans l’automobile, idée que Filosa soutient implicitement.
Cette compétition n’est pas seulement économique mais aussi technologique. Les constructeurs chinois investissent massivement dans l’intelligence artificielle embarquée et les batteries solides, domaines où les européens accusent un retard. Stellantis, de son côté, mise sur des plateformes modulaires, des partenariats avec des géants comme Amazon pour les services connectés, et une stratégie de prix agressive pour ses modèles électriques d’entrée de gamme, comme la future Citroën ë-C3. Toutefois, la rentabilité reste un défi : une guerre des prix avec la Chine pourrait éroder les marges déjà fragiles du secteur.
**Sources**
Les informations de cet article sont issues de l’entretien exclusif accordé par Antonio Filosa au Figaro, publié le 10 octobre 2026. Des éléments de contexte proviennent également des rapports de la Commission européenne sur les subventions chinoises dans l’industrie automobile et des données de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA).
Por Renan Filho · 2026-10-11