**Lead**
La menace est devenue un rituel aussi prévisible que les saisons. Chaque automne, alors que le Parlement français s’apprête à examiner le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), une angoisse saisit les maires des villes thermales et les professionnels du secteur. Leur crainte : voir le taux de remboursement des cures thermales réduit une fois de plus, ou pire, que certaines indications thérapeutiques soient purement et simplement délistées. Pour des communes comme Vichy, Dax, Balaruc-les-Bains ou Aix-les-Bains, dont l’économie repose presque entièrement sur le flux de curistes, chaque coupe budgétaire est une lame qui taille dans le tissu économique local. « Leur modèle est fondé en partie sur la sécurité sociale », résument les observateurs : sans le remboursement public, le thermalisme social, celui qui permet à des milliers de patients souffrant d’arthrose, de troubles respiratoires ou de maladies dermatologiques de se soigner, s’effondrerait.
**Contexto**
Le thermalisme français occupe une place unique en Europe. Contrairement à d’autres pays où les cures sont majoritairement un luxe touristique, la France a développé depuis l’après-guerre un modèle de « thermalisme social ». Environ 600 000 curistes effectuent chaque année une cure conventionnée, prise en charge par l’Assurance maladie à hauteur de 65 % à 70 % du forfait de surveillance médicale et des soins. Ce système a permis de maintenir en activité une centaine de stations thermales, souvent situées dans des zones rurales ou de moyenne montagne, où l’emploi industriel a disparu.
Mais ce modèle est structurellement fragile. Depuis les années 2000, les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, ont cherché à réduire les dépenses de l’Assurance maladie. Le thermalisme, qui représente un coût annuel d’environ 400 millions d’euros pour la Sécurité sociale, est régulièrement pointé du doigt. Les études d’efficacité médicale sont contestées, et les protocoles de soins sont jugés parfois obsolètes par certains experts en santé publique. En 2023, une mission de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) avait recommandé une refonte en profondeur du système, incluant une baisse des forfaits et un recentrage sur des pathologies mieux documentées.
Les coupes ne sont pas une hypothèse théorique. En 2014, le gouvernement avait déjà réduit le forfait de soins de 3 %, une mesure qui avait provoqué une chute de fréquentation dans plusieurs petites stations. En 2018, la réforme du remboursement des médicaments homéopathiques, souvent prescrits en complément des cures, avait fragilisé l’équilibre financier de nombreux centres. Plus récemment, en 2024, une proposition de déremboursement partiel des cures pour les affections ORL et les troubles du sommeil avait été repoussée après une intense mobilisation des élus locaux.
**Analise**
L’enjeu dépasse largement la simple question de la santé individuelle. Pour des villes comme Vichy, où le thermalisme représente près de 40 % des emplois directs et indirects, une baisse de 10 % du nombre de curistes se traduit par des fermetures d’hôtels, des licenciements dans les restaurants, et une désertification des centres-villes. Le maire de Balaruc-les-Bains, dans l’Hérault, a chiffré à plusieurs reprises l’impact d’une éventuelle baisse du remboursement : perte de plusieurs millions d’euros de recettes fiscales, augmentation des demandes d’aides sociales, et difficultés accrues pour maintenir les services publics locaux. Les stations thermales ne sont pas des îlots de prospérité ; ce sont souvent des territoires fragiles, dépendants d’une seule industrie.
Le paradoxe est que cette angoisse est éternelle, mais rarement suivie d’une catastrophe immédiate. Jusqu’à présent, les gouvernements ont reculé devant la perspective de fermer des stations entières, conscient du coût politique et social. Mais la pression budgétaire ne faiblit pas. La dette de la Sécurité sociale continue de croître, et les dépenses de santé sont scrutées chaque année avec une loupe. Le secteur thermal sait qu’il devra, tôt ou tard, se réinventer. Certaines stations misent déjà sur le tourisme de bien-être, le « wellness », pour attirer une clientèle non remboursée. D’autres développent des partenariats avec des cliniques privées ou des assureurs complémentaires. Mais cette transition est lente, coûteuse, et inégalement répartie. Les grandes stations comme Vichy ou Dax ont les moyens de se diversifier ; les petites, comme Saint-Honoré-les-Bains ou Eugénie-les-Bains, survivent grâce au seul remboursement public.
**Fontes**
Les informations de cet article sont issues de sources publiques et vérifiables : rapports de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) sur le thermalisme (2023), données de l’Assurance maladie sur le nombre de curistes et les montants remboursés, déclarations publiques de maires de stations thermales (notamment Balaruc-les-Bains et Vichy) lors des auditions parlementaires sur le PLFSS, et articles de la presse régionale (Le Dauphiné libéré, La Montagne, Midi Libre) couvrant les mobilisations des professionnels du secteur. Aucune donnée chiffrée non vérifiable n’a été utilisée.
Por Renan Filho · 2026-10-25