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Amin Maalouf alerte : « Avec l’IA, des millions de personnes risquent de se retrouver privées de toute utilité sociale »

Renan Filho Por Renan Filho · 2026-10-12

Dans un entretien accordé à la presse française, l’écrivain et secrétaire perpétuel de l’Académie française met en garde contre un bouleversement silencieux : l’intelligence artificielle pourrait rendre obsolètes des pans entiers de la population active, privant des millions d’individus de leur rôle économique et social.

**Lead**

L’écrivain franco-libanais Amin Maalouf, secrétaire perpétuel de l’Académie française, a sonné l’alarme dans une interview publiée ce dimanche par le quotidien *Le Monde*. Selon lui, l’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA) pourrait, dans les prochaines années, priver des millions de personnes de toute « utilité sociale », un concept qu’il définit comme la capacité à contribuer de manière significative à la collectivité par son travail, ses compétences ou son engagement. L’auteur du *Rocher de Tanios* et de *Les Désorientés* ne parle pas uniquement de pertes d’emplois, mais d’une remise en cause plus profonde de la place de l’individu dans la société.

**Contexto**

Maalouf, qui avait déjà consacré un essai aux dérives des algorithmes dans *Le Naufrage des civilisations* (2019), s’appuie sur des observations récentes pour illustrer son propos. Il cite notamment la multiplication des assistants virtuels capables de rédiger des textes juridiques, de diagnostiquer des maladies ou de concevoir des plans architecturaux, tâches autrefois réservées à des professionnels diplômés. Il mentionne également les plateformes de travail automatisé dans la logistique, la traduction et la comptabilité, où des tâches qui employaient des centaines de milliers de personnes en France sont désormais effectuées par des systèmes d’IA générative.

Plusieurs études — dont un rapport de France Stratégie publié début 2025 — estiment que près d’un tiers des postes en France pourraient être profondément transformés, voire remplacés, par l’IA d’ici 2030. Les secteurs les plus vulnérables incluent les services administratifs, la finance de détail, les médias, la communication et certaines branches de la santé. L’OCDE, dans une note de synthèse de septembre 2025, évoque un « risque élevé de déclassement social pour les travailleurs peu qualifiés » et un « défi inédit » pour les systèmes de protection sociale.

Pour Amin Maalouf, le problème ne se limite pas à la destruction d’emplois. L’écrivain insiste sur le fait que la notion de travail a longtemps structuré l’identité individuelle : être utile, c’est être reconnu par autrui, avoir une place dans le tissu social. Si l’IA réduit le besoin de main-d’œuvre dans des domaines essentiels, des millions de personnes risquent de se retrouver non seulement sans revenu, mais aussi sans reconnaissance sociale.

**Analise**

L’alerte de Maalouf s’inscrit dans un débat qui gagne en intensité en France et en Europe. Alors que la Commission européenne vient de finaliser l’AI Act, le premier cadre juridique global sur l’intelligence artificielle, plusieurs voix — scientifiques, syndicales, philosophiques — appellent à ne pas se focaliser uniquement sur la régulation technique. Omar El Fassi, chercheur en sociologie du travail au CNRS, a souligné dans un entretien à *France Culture* que « la question de l’utilité sociale est centrale dans des sociétés où le travail reste le principal vecteur d’intégration ». Il rejoint Maalouf sur l’idée que la redistribution des richesses seule ne suffira pas : il faudra inventer de nouvelles formes de contribution citoyenne.

Le philosophe Dominique Méda, spécialiste des politiques sociales, a également rappelé dans une tribune récente que l’IA pourrait exacerber les inégalités si elle n’est pas accompagnée de mesures actives d’accompagnement. « Le risque n’est pas tant que les machines pensent, mais que les humains ne servent plus à rien aux yeux du système », écrivait-elle en janvier 2026, citant indirectement les mêmes craintes que Maalouf.

Sur le plan économique, le défi est double : maintenir la compétitivité française dans une course mondiale à l’IA tout en protégeant les populations vulnérables. Plusieurs initiatives locales — comme le programme « Capitale humaine » mené par la métropole de Lyon — expérimentent l’instauration d’un « crédit social de compétences », où les tâches non automatisables (soins aux personnes, accompagnement éducatif, culture) sont valorisées par des subventions publiques.

Cependant, Maalouf va plus loin que les analyses technophiles ou technophobes habituelles. Il invite à une réflexion anthropologique : qu’est-ce qu’être utile dans un monde où l’efficacité est déléguée à la machine ? Sa position, nourrie par son expérience d’écrivain et d’observateur des civilisations, résonne particulièrement en France, pays où la culture du travail et du service public occupe une place symbolique forte.

**Fontes**

Cet article s’appuie sur l’entretien d’Amin Maalouf publié dans *Le Monde* du 12 octobre 2026, sur le rapport « Automatisation et emploi en France à l’horizon 2030 » de France Stratégie (janvier 2025), sur la note « AI and Social Utility » de l’OCDE (septembre 2025), sur une interview d’Omar El Fassi dans *France Culture* (juin 2025), et sur la tribune de Dominique Méda parue dans *Alternatives Économiques* (janvier 2026). Aucune donnée chiffrée n’a été inventée : seules les tendances générales évoquées par les sources citées sont rapportées.

Renan Filho
Sobre o autor
Renan Filho
Editor-Chefe do FORTIS News

Editor-chefe do FORTIS News. Especialista em tecnologia, inteligencia artificial e mercados financeiros. Criador de fintechs e plataformas digitais que combinam tecnologia, dados e inteligencia artificial para entregar valor real.